La lettre n°5 – Printemps 2021

Emmanuel Veron

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Sorties de crises ?

Lassitude.

A cause de cette damnée pandémie, ce premier trimestre aura été bien long et le moral des sociétés aura fait le yoyo. Pourtant, pour une pandémie, dix-huit mois c’est court. L’humanité dispose d’une dizaine de vaccins. En si peu de temps, sans être miraculeux, c’est exceptionnel. Les traitements de la maladie se sont améliorés et, à condition d’être respectés, gestes barrière et confinements assurent une bonne protection contre la prolifération du virus. On doit s’attendre à de nombreux morts supplémentaires, mais tôt plutôt que tard nous en sortirons.  

La question est : dans quel état ?

Depuis peu, les vraies démocraties semblent décidées à ne plus lâcher de terrain aux dictatures. Cependant, la faiblesse intérieure américaine, révélée par les derniers mandats présidentiels et illustrée par le sac du Capitole et la contestation profonde de la régularité du résultat de l’élection de novembre dernier, les prive de suzerain indiscuté. Si une telle absence a, semble-t-il, eu un rôle de stimulant sur les Européens qui abandonnent petit à petit le tabou de parler de leur propre puissance, en parallèle la Chine multiplie postures et provocations qui rendent inévitable, à terme, un affrontement « chaud ».

Joe

Si le doge Dandolo aveugle a conquis Byzance à quatre-vingts ans, on ne sait pas si le président Biden avec deux ans de moins aura le même ressort. Néanmoins il s’y colle. Il avance à son rythme, vaccine beaucoup, fait face aux migrants sud-américains, souffle le froid sur les GAFAM, invente un super « new deal », caresse et fouette la Chine, méprise la Corée du Nord, protège classiquement sa domination sur l’OTAN, continue de « serrer » les Russes. Tout cela est « old style », pas mal fait, mais a une imméritée saveur de « service minimum ».

Boris

Ah la pêche, quel piège ! Si vous n’aimez pas vos langoustines, vos huîtres ou palourdes, vous pouvez les vendre aux Européens mais à condition de les nettoyer sans les abîmer. Difficile avec de l’eau sale ! A quoi sert le « take back control » si on ne sait pas vendre ses prises ?

Ah, l’Irlande du Nord ! La pénurie de saucisses déclenche une belle crise internationale ! Quand Westminster veut éviter un symptôme DDR (e.g. étagères vides), on re-viole le droit international ! Pour rêver de hamburgers, les Irlandais du Nord protestants ont un bon moyen, comme pourrait le dire Madame Bermann, c’est de continuer à croire dans les mensonges de Boris. S’allier à des crypto-terroristes pour contrer les vieux terroristes d’en face : facile et tentant à Belfast. Comme prévu, cela n’ira pas loin. Boum !

Le Parlement européen ne ratifiera pas le traité d’accord du Brexit comme imaginé. Pour combien de temps et avec quelles conséquences ?

Jinping

La « bunkerisation » du pouvoir pékinois s’est manifestée ici, sur notre continent, par les insultes proférées par l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République Populaire de Chine à Paris. Il nous rappelle le mot de celui qui reconnût la Chine communiste, le général de Gaulle. Alors que son ambassade à Pékin était assiégée de gardes rouges vociférants, il dit : « être traité de chien par des pékinois, qu’en penser ? ». Tout ce qui est excessif est insignifiant.

Ursula

Flouée par des laboratoires malins, la Commission européenne souffre d’un manque de confiance à l’intérieur et reste largement transparente aux yeux du reste du monde. Certes on connaît le numéro de téléphone de la présidente et de quelques commissaires, mais cette commission n’est toujours pas un gouvernement. C’est plutôt l’équipe des « Barbarians », des talents et peu de cohésion. Esprit de club et pas esprit de corps.

L’unité allemande fut « petite allemande », ce fut le génie pragmatique d’un chancelier peu porté sur la retenue. Aussi faut-il penser « plusieurs vitesses »[1], décisions majoritaires[2], « cartons jaunes et rouges »[3]. Continuer à prendre du retard dans les modifications institutionnelles, c’est un Munich par semaine.

Histoires

Nos sociétés judéo-chrétiennes occidentales sont travaillées par la mauvaise conscience. Le phénomène se développe des deux côtés de l’Atlantique. Il s’agit d’analyser les responsabilités des ex-puissances coloniales, de revisiter le passé de certains protagonistes, bref, de sortir de l’Histoire telle qu’elle était racontée par les dominants du moment. C’est un mouvement profond qui, derechef, commet excès et inexactitudes. Ces derniers mois ont vu des dérives qui finiront par disqualifier les idées et sentiments moteurs de ces réflexions et revendications. Que nul n’en doute : dans le désert de la pensée politique actuelle, ces fractures seront un filon politique.


L’activité et les projets du FDBDA

1. Prix

Notre commission des prix 2021 s’est mise au travail avec nos partenaires, l’Académie de Marine et la Société des Explorateurs Français. Le travail de sélection de lauréats potentiels est en cours : il se cristallisera en juin pour permettre une délibération finale en septembre et une remise des prix à la fin de l’année.

2. Études et publications

Notre délégué général, Emmanuel Véron, a participé et organisé de nombreux colloques qui sont toujours consultables sur notre site.

Par ailleurs ce premier trimestre a vu près d’une vingtaine de publications sur notre site et certains réseaux sociaux.

Cet important travail a permis de nombreux contacts avec des Institutions désireuses de développer avec nous des actions d’analyse et de réflexion centrées sur nos objets sociaux. Le prochain trimestre verra très probablement une concrétisation tangible de ces contacts via des conventions mensuelles.

Conformément à la demande de nos administrateurs, notre délégué général et l’amiral Montanié ont sélectionné une association de soutien à l’enfance susceptible de recevoir l’appui du FDBDA. Un prochain conseil confirmera cette orientation importante.

3. Projets

Avec notre mécène la société ROCAMAT, nous poursuivons nos projets de constructions sur des îles ou archipels éloignés. Le modèle de Fernando de Noronha est-il viable ? Nous l’étudions.

4. Conseil scientifique

Le FDBDA constitue un conseil scientifique. Ce conseil scientifique est un organe consultatif. Il participera à la définition des activités de recherche du FDBDA et à l’évaluation scientifique des travaux et projets. Il sera organisé autour du délégué général du FDBDA et composé de personnalités qualifiées dans tous les domaines. En complément, un collège de correspondants réparti dans le monde sera mobilisable selon les sujets d’études.

Pierre Brousse, Emmanuel Véron & Claire Giry.

Le 31 mars 2021

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[1] L’Europe “à plusieurs vitesses” désigne une construction européenne dans laquelle tous les Etats membres ne participent pas à l’ensemble des politiques communes. Cette intégration différenciée passe par la « coopération renforcée », procédure introduite par le Traité d’Amsterdam et élargie ensuite par les Traités de Nice et Lisbonne.

[2] Le Traité de Lisbonne prévoit une « clause passerelle » modifiant la règle de l’unanimité européenne pour passer au vote à majorité qualifiée. 

[3] Durcissement de l’article 50 du Traité de l’Union Européenne, qui prévoit le retrait volontaire d’un Etat membre de l’UE, en incluant une possibilité d’exclusion progressive.

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