Anciennes et nouvelles « routes de la soie » : pour une déconstruction d’une appellation

Emmanuel Veron

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Par Emmanuel Lincot et Arnaud Bertrand

Depuis plus d’un siècle maintenant, le vocable « Routes de la Soie » est devenu si familier de notre jargon quotidien, qu’on l’utilise à peu près partout, que ce soit dans le secteur académique, dans la Pop Culture ou dans les médias[1]. Combien d’expositions temporaires[2], de revues scientifiques[3], d’articles de recherches, de films, et bien sûr de livres[4] (il faudrait plus d’une dizaine de pages pour tous les recenser !) … en font régulièrement emploi !

Après tout, on ne risque pas grand-chose dès lors que cette belle formule figure quelque part dans un projet. Elle résume à elle seule l’émerveillement de la rencontre de l’Orient lointain, de la découverte d’un monde radicalement autre, de cette « hétérotopie » dont parlera plus tard Michel Foucault[5], et pour laquelle surgissent nombre de questionnements sur notre passé commun. Imaginée ou réelle, la quête de l’autre, du contact avec ceux qui ne sont pas comme nous va sans doute être la motivation première de la longue histoire des rapports entretenus entre l’Est et l’Ouest depuis la haute antiquité. L’usage de ce terme permet de créer des ponts de rencontres entre des civilisations éloignées de plusieurs milliers de kilomètres l’une de l’autre. Dans le domaine scientifique, sa fonction est sans aucun doute avantageuse : l’expression conduit à repenser la complexité des rapports entre les peuples, et ne plus se contraindre à une analyse centrée sur une civilisation particulière. On n’étudie plus l’Inde, la Chine, le Japon ou la Corée…, mais des aires géographiques qui se sont influencées mutuellement au fur et à mesure du temps. Le terme « Routes de la Soie » oblige tout spécialiste de son domaine d’étude à embrasser un regard plus large, transfrontalier. Voilà pourquoi, à chaque publication, de nouveaux projets se forment, associant des spécialistes d’aires différentes. Ce fut le cas avec la publication en 2002 de l’ouvrage d’Étienne de la Vaissière sur les communautés sogdiennes, qui conduisit naturellement à s’intéresser à l’histoire sociale de ces commerçants iraniens en prenant en compte les textes, images et sites archéologiques situés entre la Chine et l’Asie centrale[6].

Depuis sa popularisation au cours du XIXe siècle, le terme fait l’objet de tant de publications variées et dans pratiquement toutes les langues issues de pays traversés par cette mythique « route », qu’il apparait bien souvent difficile de la définir, pour ne pas dire impossible.  C’est ainsi que des travaux récents ont tenté de revenir aux fondements de son usage, mais ceux-ci demeurent en marge de la quantité produite à son sujet[7].

Par cette étude, nous allons tenter une « archéologie du terme « Routes de la Soie », en révélant d’abord les ambiguïtés dans son usage de nos jours, pour revenir ensuite sur le contexte particulier au sein duquel celui-ci prendra naissance au lendemain des guerres napoléoniennes. La remise au goût du jour de cette expression avec la popularisation des « Nouvelles Routes de la Soie » conduira à revoir le cadre général au sein duquel il faudrait, en fait, l’utiliser.

Définir l’indéfinissable

Objet de science

Le principal problème associé à cette expression réside dans sa définition et il est clair que chaque spécialiste proposera un modèle différent, en fonction de son champ disciplinaire, de ses connaissances et de la période choisie. Il est indispensable de pouvoir fixer des limites pour une expression qui semble embrasser à peu près toutes les périodes de l’Eurasie. Il faut donc pouvoir déterminer un champ social (de qui on parle ?), champ spatial (quoi inclure comme aires géographiques et populations ?) et champ temporel (« débuts » et « fins »). La plupart des publications associées à ce terme se rejoignent dans leurs structures. Approches chronologiques ou chronothématiques, à quelques exceptions près, elles parviennent à identifier à peu près les grands marqueurs de l’histoire des relations en Eurasie[8].

L’archéologue Tim Williams propose ainsi la définition suivante : “The Silk Roads were an interconnected web of routes linking the ancient societies of Asia, the Subcontinent, Central Asia, Western Asia and the Near East, and contributed to the development of many of the world’s great civilizations. They represent one of the world’s preeminent long-distance communication networks.[9] Dans son cadre d’étude, il focalise ses réflexions en s’appuyant sur les sites archéologiques découverts et donc cantonne l’histoire de ces routes aux périodes anciennes et médiévales. En résulte la carte présentée ci-dessous :

Figure 1 : Tim Williams, « The Silk Road: Thematic Study », 2013, p.5

Les cartes de ce type sont généralement le reflet d’un champ d’étude disciplinaire propre à celui qui l’a créé. Pour cette carte, il s’agit de cibler, par l’usage du système de cartographie satellitaire (SIG), les principaux carrefours entre l’Est et l’Ouest. Peut-on toutefois jalonner l’histoire de ces routes en se référant aux seuls sites à ce jour découverts ? Que dire des espaces laissés de côté : Corée, Japon, Inde, Birmanie, Laos, Vietnam, routes maritimes, … Assurément, s’il fallait être exhaustif, la carte devrait être entièrement colorée.

C’est dans cette optique que nous devons ici mentionner une récente tentative de définition : celle présentée par Susan Whitfield dans son dictionnaire raisonné des « Routes de la Soie », qui fait appel à pas moins de quatre-vingt-deux contributeurs[10] ! Dans son introduction, Whitfield débute avec « There was no ‘Silk Road’ », une façon élégante de surprendre le lecteur, de prévenir qu’il n’est pas possible de réduire le terme à la transaction d’une seule denrée ! Mais alors, pourquoi poursuivre ainsi : « It is a modern label in widespread use only since the late 20th century and used since then to refer to trade and interaction across Afro-Eurasia from roughly 200 BCE to 1400 CE. In reality, there were many trading networks over this period. »[11]. 

Et là réside la première ambiguïté. Comment peut-on raisonnablement dater l’origine des échanges entre l’Est et l’Ouest, marquer les routes de contacts entre les différentes aires culturelles ou considérer tel site ancien comme ne faisant pas partie des échanges sur cette route mythique ?

Ante quem

Comment dater l’histoire de cette « route » ? La chronologie est un détail gênant pour lequel il faut rapidement trouver une astuce pour s’en défaire. Peter Frankopan, universitaire spécialiste des études byzantines, devenu célèbre par son récent ouvrage sur ce sujet, débute ainsi son premier chapitre avec la question de la « création de la route de la soie ». Le réseau des échanges Est-Ouest s’est intensifié, selon lui, avec la formation de l’Empire perse, autour du VIe siècle avant notre ère[12]. Pour Jean-Pierre Drège, c’est au « temps des ambassadeurs » que prend forme cette route, lorsque les émissaires chinois et romains, de qui les missions sont consignées par écrit, tentent progressivement de rentrer en contact direct[13]. D’ailleurs, les chercheurs chinois considèrent, pour la grande majorité, que son début pourrait coïncider avec la première ambassade de Zhang Qian en 140 av. J.-C. Ce héros national chinois a su braver les routes et ouvert le commerce avec l’Ouest. Il est l’initiateur des rapports officiels avec les royaumes de l’Asie centrale au temps de l’Empire des Han et en cela le premier acteur des « Routes de la Soie »[14]. Pour d’autres chercheurs enfin, il conviendra de fixer à Alexandre le Grand, les prémisses d’une « route commerciale directe » entre la Chine et l’Occident[15]. D’autres encore considéreront plutôt la bataille de Carrhes, qui opposa l’armée de Crassus aux Parthes en 53 av. J.-C., comme le début d’un rapprochement entre deux grands empires de l’antiquité : la République de Rome à l’Ouest et la Dynastie occidentale des Han à l’Est[16]. Homer Dubs sera l’auteur, dans les années 1950, d’une étude (par la suite largement condamnée) démontrant que les prisonniers romains parvinrent jusqu’au Gansu par cette fameuse « route »[17]. Toutes ces dates ont en commun des sources écrites qui attestent de la réalité d’un échange commercial déjà en place.

Mais est-ce encore possible de considérer que les premiers savoirs géographiques consignés par écrit (et préservés du temps) marquent l’origine de l’intérêt pour l’Asie depuis le monde méditerranéen et vice-versa ? N’y avait-il pas toujours des routes entre deux chaînes de montagnes, que les commerçants connaissaient pour vendre leurs produits ? La réponse est bien sûr évidente. Les interactions culturelles issues de l’Ouest et de l’Est, qui ont influencé les changements fondamentaux des sociétés, sont bien reconnues à des périodes antérieures à ces traditionnelles ante-quem[18].

Une préhistoire des « Routes de la Soie », autrement dit une histoire des périodes allant du Haut-Néolithique à l’Antiquité (reconnue quasi-exclusivement par les données de terrain), est un choix qui se justifie tout autant et qui ferait largement écho avec les études consacrées aux langues indo-européennes[19]. Thomas Young, en 1813, qualifiait pour la première fois ce terme pour signaler les similitudes dans les racines entre les langues européennes et asiatiques[20].  Nous sommes alors à quelques dizaines d’années de la création du terme « Routes de la Soie », peut-être n’est-ce pas un hasard[21] ! Les linguistes étaient déjà en avance, repoussant bien plus loin dans le temps l’histoire des échanges. Il fallut attendre l’arrivée des archéologues pour que cela se produise dans le champ de l’histoire des hommes.

Résultat de réflexions basées sur les fouilles de plus d’une vingtaine de sites anciens en Eurasie, les recherches conduites par Elena Efimovna Kuzmina[22] contribuèrent à revoir les bornes chronologiques auxquelles on tend à se conformer[23]. Ainsi, l’ante-quem de ces « Routes » serait confondu avec la naissance des cultures néolithiques. Les découvertes récentes, pour ne citer que quelques-unes, donnent évidemment raison à cette approche. Le site du bas néolithique de Shimao石峁 (abandonné autour de 1800 av. J.-C.), au Nord de la boucle du Fleuve Jaune, conduit à revoir le cheminement du bronze, depuis la steppe mongole jusqu’au cœur des premiers royaumes du bronze en Chine centrale[24]. D’autres exemples sont tout aussi probants : le lapis-lazuli, cette roche métamorphique utilisée comme pierre ornementale et pigment bleu (entre l’Azur et l’outremer), est une denrée qui fut l’objet d’un commerce eurasiatique depuis le 8e millénaire avant notre ère (au moins). Une route du lapis lazuli conduisait des gisements de Sar-e sang (province de Badakhchan en Afghanistan) aux différentes cultures allant de l’Asie extrême à l’Afrique du Nord[25]. Cela nous amène-t-il ainsi à étendre la chronologie des « Routes de la Soie » aux périodes récentes ? Rares sont les travaux généraux qui acceptent de prendre ce risque. Trop long, pas assez documenté, pas assez vendeur… les raisons sont certes multiples mais le constat est là : le terme « Routes de la Soie » ne prend plus de sens dès lors qu’il est question de dater les échanges. Le constat n’est que plus saisissant en prenant en compte la période contemporaine.

Archéologie des « Nouvelles Routes de la soie »

« Je peux presque entendre les clochettes des chameaux et voir les panaches de poussière dans le désert » [26].

Par ces mots, le président chinois Xi Jinping, alors en tournée en Asie centrale en 2013, fait le vœu de renouer avec ces anciennes routes, en créant une ceinture « économique de la route de la soie » incluant les grands pays de l’ancien Turkestan russes. Cette « offensive culturelle »[27] qui bientôt deviendra la fameuse « une ceinture, une route » (yidai yilu ; 一帶一路) qui reliera la Chine à l’Europe, l’Afrique et l’Orient (voie ferroviaire et maritime), marque la renaissance des « Routes de la soie ».

De même, l’Union soviétique, durant les dernières années de la guerre froide, commence à nourrir son discours d’une nécessaire réhabilitation du patrimoine des régions de son espace méridional pour mieux se positionner au centre des échanges entre l’Est et l’Ouest de l’Eurasie. C’est le « heartland » qui, dès les années Gorbatchev, devait inspirer le champ des débats universalistes déployés par la diplomatie moscovite auprès de l’UNESCO.[28].

La Chine à son tour redécouvre cet espace désormais convoité. Sa renaissance lui est pour partie associée. Et cette renaissance, côté chinois, est symboliquement annoncée par deux discours prononcés successivement par le président chinois Xi Jinping au Kazakhstan (pour la dimension terrestre du projet), puis en Indonésie (pour sa dimension maritime), soit deux pays de culture et de confession musulmanes. Il y a là, sur le plan géopolitique, et d’un point de vue de la réflexion culturelle contemporaine, un impensé : la relation Chine-mondes musulmans. Bien sûr, l’historiographie abonde sur cette question mais d’une manière chronologiquement fragmentée. Ainsi, parlera-t-on des Karakhanides ou, pour les périodes plus anciennes encore, des relations diplomatiques entre Bagdad, capitale des Abbassides et sa contemporaine – sous la dynastie Tang – Chang’an (actuelle Xi’an). Mais en termes d’aperçu global et pour repérer quels ont été les points de rupture ou au contraire les invariants structurels qui animent l’état sur la longue durée de ces relations, nous ne disposons pas de ces panoptiques stimulant le questionnement intellectuel.

L’année 2013 est donc un nouveau marqueur clé dans cette histoire de l’usage du terme « Route de la soie ». Celui-ci devient à nouveau l’arme d’une stratégie à long terme, poussée par la Chine et son président. Mais alors comment l’intégrer au sujet[29]?

Les géopoliticiens prennent le relais des archéologues, analysent la situation économique, décryptent les stratégies chinoises, européennes, indiennes, centre-asiatiques, russes, … Presse politique, reportages, interview, communiqués diplomatiques se substituent, en termes de sources, aux manuscrits de Dunhuang, peintures bouddhiques, mobiliers funéraires, lettres Sogdiennes. Et de cette façon, le terme n’est plus réservé aux seuls passionnés de l’Eurasie ancienne mais intéresse tous ceux qui dépendent directement ou indirectement des relations avec l’Asie, soit un peu près tout le monde (la crise du Covid-19 l’aura confirmée)[30].

Un titre gênant

Compte tenu des quelques problématiques que nous soulevons ici,  de nombreux auteurs ne font pas emploi du terme pour concentrer l’intérêt sur des sujets plus précis, usant d’une nomenclature propre aux échanges sans se focaliser sur la soie ou pour mettre en avant une aire géographique particulière[31]. Thomas Tanase, dans un récent ouvrage sur Marco Polo, emploie « Routes de l’Asie » pour faire référence à ces « nouveaux » itinéraires du temps de la Pax Mongolica, empruntés de l’Europe de l’Est à la Chine au sein de l’Empire mongol[32]. Cette formulation colle plutôt bien avec la réalité historique.

Faut-il encore expliquer que le terme même de « Routes de la Soie » n’existait pas avant le XIXe siècle. Son usage actuel pour faire référence aux échanges pour les périodes anciennes est tout simplement anachronique. La table dite de « Peutinger », aujourd’hui conservée à la bibliothèque autrichienne de Vienne, est une copie du XIIIe siècle d’une ancienne carte romaine peinte à Rome sur le portique de Marcus Vispanius Agrippa (64 -12 av. J.-C.), ami personnel de l’empereur Auguste, en l’an 12 de notre ère. On y trouve une représentation très concrète du cursus publicus, autrement dit le service de poste impérial qui assurait les échanges administratifs au sein de l’Empire romain. Ici, ce n’est pas une, mais plusieurs centaines de routes (couvrant un itinéraire complet d’environ 200 000km) divisées en segments, qui sont nommées. Tout à droite du rouleau est mentionné le toponyme Sera Major ou « Métropole de la Soie », située à proximité d’une mer. Mais pas de « Routes de la Soie »[33].

De la même période, un certain Isidore de Charax (Ie siècle av. J.-C. et Ie siècle), originaire d’une ville (Spasinu Charax), située le long du Tigre et fondée par Alexandre le Grand, s’occupa de décrire un itinéraire connu sous le nom de « Stations Parthiques »[34]. Il présente les étapes principales, ou plutôt officielles, reliant, au sein de l’Empire parthe, la ville de Zeugma (près de Nizip, actuelle Turquie) à Alexandropolis (actuelle Kandahar, Afghanistan). Sur cet itinéraire, pas de nom de routes. Rien à propos de la soie ni même d’une voie générale reliant l’Asie centrale à la Méditerranée.

La géographie des mondes habités ou Œcoumène de Ptolémée (100-168 apr. J.-C.) placent autant que possible les peuples de la Soie (ou Serica) avec Sinae comme métropole, juste derrière l’Inde. Mais jamais ne fait-il référence à une « Route des Sérés »[35]. Nous pourrions citer bien d’autres exemples de textes anciens, histoires dynastiques chinoises, textes de voyageurs et cartes découvertes en Asie à différentes époques, pour simplement revenir à ce même constat : l’idée même d’une route unique permettant de relier les deux grands pôles de l’Eurasie n’était tout simplement pas dans les considérations des populations anciennes.

L’expression agit le plus souvent comme la vitrine d’une étude qui pourrait en réalité largement s’en passer sans que cela ne lui nuise[36]. Bien souvent le terme apparait alors qu’il n’est pas question de mettre en valeur la soie comme matériau d’échange. Ainsi, les routes du jade, du camphre, du bronze, des perles et du lapis-lazuli[37], sont toutes aussi pertinentes, parfois même plus, que la soie.  La soierie n’est d’ailleurs souvent qu’un prétexte pour parler d’une voie de contact dont la célébrité de la formule prend largement le pas sur celle de l’échange de cette marchandise. On remarquera ainsi le peu d’études véritablement consacrées aux questions d’échanges de cette étoffe au travers des siècles dans des ouvrages portant le titre « Routes de la soie »[38].

Pourquoi donc faut-il constamment faire usage de ce terme ? Comment expliquer cet engouement qui ne fait que s’accélérer de nos jours ? Bien que les recherches portées sur le sujet soient nombreuses, cet exercice de déconstruction de ce terme n’est pas sans utilité. Il nous conduit nécessairement à revenir sur l’origine du terme, en replongeant dans le cercle des géographes allemands puis français, au milieu du XIXe siècle.

Les « Routes de la Soie », c’est d’abord la relation entre la Chine et l’Occident

Chinoiseries

« L’Empire de la Chine a été depuis fort longtemps un objet de curiosité pour l’Europe […] » – Père jésuite Jean-Baptiste du Halde (1674-1743)

Même s’il y a eu toujours la mémoire et la connaissance entre les deux mondes, occidentaux et orientaux, « […] avant la découverte du Nouveau Monde, la Chine offrait l’image d’un monde quasi légendaire. Elle était décrite tantôt comme un espace gouverné par le prêtre Jean, tantôt comme un royaume islamique, voire comme quelque chose de plus bizarre encore »[40]. Dans le sillage du développement progressif des voies maritimes à partir du XVe siècle, ouvertes par les Portugais et les Espagnols, la Compagnie de Jésus et ses missionnaires jésuites deviennent les ambassadeurs de la culture chinoise en Europe et le moteur d’une jeune sinophilie.  Parce que les empereurs Ming et surtout Qing (en étant Mandchous et donc considérés comme « étrangers » vis-à-vis du peuple Han) sont intéressés par ce que l’Occident peut apporter comme connaissances, il s’engage alors plusieurs décennies de relations diplomatiques. « En 1685, Louis XIV, persuadé de promouvoir la communication avec la Chine, y envoie une mission jésuite française qui se joint à la mission portugaise déjà présente. Grâce à l’aide de la France, la fin du XVIIe siècle est riche en œuvres attirant l’attention de l’Europe sur la Chine. »[41] Louis XIV est d’ailleurs comparé à l’empereur Kangxi, dans l’ouvrage de jésuite Joachim Bouvet (1656-1730), adressé au roi[42].

Cet engouement pour la Chine est à l’origine pour partie d’un orientalisme qui associe les idées nouvelles que défendent Bayle, Fénelon, Leibniz ou Voltaire avec une esthétique transmise à l’Europe par des médiations aussi diverses que celles exercées par les agents des compagnies marchandes ou des diplomates. Il devenait de bon goût de décorer son salon européen de quelques « chinoiseries », produits d’importations chinoises : notamment le thé, la porcelaine, le papier peint, la rhubarbe, la gomme laque et, bien sûr, la soie[43]. On sert le café ou le thé dans des porcelaines à décor chinois. La Pompadour, qui raffole de toutes porcelaines de jingdezhen, convainc Louis XV d’installer un atelier de porcelaine à Vincennes en 1740, transféré à Sèvres en 1756 ![44] À la fin du siècle des Lumières, près de 60 millions de porcelaines sont exportées de la Chine vers les pays européens[45] ! Les « Lettres édifiantes et curieuses », collection établie sur la base des correspondances jésuites de Chine, ont largement influencé, entre autres, les arts du paysage à une époque où la symétrie du jardin à la française commençait à être remise en question[46].

Mais les rapports se bornaient encore à un échange artistique. La Chine est, à ce stade des relations avec l’Europe, un pays de curiosité, d’inspiration artistique, esthétique et de débats philosophiques entre les hommes des Lumières (Voltaire, Montesquieu, Rousseau)[47].

« Koutou » ou pas « Koutou »

Le « long XIXe siècle »[48] marque un tournant dans les rapports avec l’Empire céleste. Dans ce pays comme ailleurs (Égypte, Inde…), la fin des guerres napoléoniennes attira l’Empire britannique vers l’Est, pressant l’ouverture d’accords bilatéraux commerciaux. Encore fallait-il que l’Empereur Mandchou accepte de se placer sur un pied d’égalité avec un autre roi sur terre. Voilà ce que tentent les diplomates britanniques, notamment Macartney[49] puis Henry Ellis qui refusent de faire le koutou (叩頭), un geste de profond respect où la personne se met à genoux et s’incline de manière que sa tête touche le sol :

« Comme nous nous y attendions, cet officier nous parla du cérémonial tartare dans les termes les plus ridicules, en assurant que l’empereur avait droit de prétendre à cet hommage par sa supériorité sur tous les rois de la terre ; que nous avions montré une coupable opiniâtreté, en refusant de nous y soumettre ; enfin, que l’empereur écrirait une lettre amicale et explicative au roi d’Angleterre [Georges III], qui serait, à n’en pas douter, extraordinairement irrité contre l’ambassadeur »[50].

L’idée qu’il existe dans la pensée chinoise, de l’autre côté de la terre, une civilisation pouvant être placée sur un pied d’égalité n’est pas nouveau. Il y a bien l’Empire romain (le daqin 大秦), correspondant au grand empire de l’autre côté de la terre, tel que cela pourrait être compris par la lecture des Histoires Dynastiques du Haut-Médiéval[51]. Mais est-ce pour autant que les deux Premiers empires chinois des Qin puis des Han avaient envisagés une relation concrète avec ce lointain empire, alors seulement accessible via de nombreux intermédiaires[52] ? Naturellement, le refus de pratiquer ce signe de respect face au « Fils du Ciel » montre à la fois la volonté pour la Chine de vouloir préserver sa suprématie sur les autres peuples de la terre et, pour les puissances occidentales, d’amorcer une occupation martiale de ce pays aux mille trésors.

Petit à petit, des traités inégaux de 1842 à la révolte des Boxers, la « […] Chine va devenir la proie des puissances occidentales qui, profitant des faiblesses du pouvoir impérial, vont peu à peu se partager son territoire en « zones d’influence » et « acquérir des avantages de toute sorte »[53]. Un affaiblissement qui conduira tout droit jusqu’au point de non-retour : le pillage par les troupes françaises et anglaises du Palais d’Été des empereurs mandchous (Yuanmingyuan ; 火燒圓), celui-là même qui, ironiquement, fut en partie édifié avec l’aide des Jésuites au cours du XVIIIe siècle[54] .  Un événement que Victor Hugo aura découvert avec dégoût : « Nous européens, nous sommes les civilisés, et pour nous les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie. »[55]

À l’issue de ce pillage est signé le traité de Pékin qui « ouvre » aux Occidentaux onze nouveaux ports. Désormais, plus question d’échanges entre deux civilisations, chinoise et européenne, les œuvres d’art sont pillées ou achetées, ramenées à l’Ouest au grand désespoir de la dynastie décadente des Qing[56]. Dès lors, se développe une inquiétude qu’un jour la Chine prendra sa revanche sur les nations Européennes. C’est de cette crainte que naîtra le terme de « Routes de la Soie ».

La résurgence d’une peur ancienne

« Laissez donc la Chine dormir, car lorsque la Chine s’éveillera le monde entier tremblera » [57].

Ayant eu l’occasion de consulter le rapport de Lord Macartney, Napoléon Ier aurait prononcé cette phrase en 1816 à Sainte Hélène. Elle révèle une peur partagée par de nombreux cercles scientifiques, politiques et littéraires de cette époque dans un Occident en marche vers l’ère industrielle. N’est-ce pas V’estnik Roussk Vasilyev, professeur de littérature chinoise à Moscou, qui dira une cinquantaine d’années plus tard (1850) : « N’était l’opium la Chine envahirait tôt ou tard le monde entier, elle étoufferait l’Europe et l’Amérique dans ses embrassements »[58]! La Chine faisait-elle si peur que de telles prédictions soient couramment faites à cette époque ? Elle représentait, vue depuis l’Occident, une menace endormie qui n’aurait besoin que d’une aide industrielle pour qu’elle se réveille :

« Si le gouvernement chinois a réussi depuis des siècles à se maintenir dans les formes traditionnelles, si les désastres amenés par les conquêtes tartares et les rébellions intérieures n’ont changé que peu de choses au cadre extérieur de la société, il n’en est pas moins vrai que pour les masses profondes des peuples orientaux il s’agit maintenant d’apprendre de la civilisation européenne, non seulement des formules et des pratiques industrielles, mais surtout une conception nouvelle de la culture humaine; elles tendent à déplacer leur idéal: leur existence même est à ce prix ».[59]

Quand le géographe français Élisée Reclus, théoricien anarchiste (il n’est pas sans intérêt de le rappeler), rédige ces lignes dans le septième volume de sa Géographie universelle intitulé « L’Asie orientale », nous sommes en 1888. Vingt ans plus tôt, le Japon de l’Ère Meiji avait déjà fait son entrée dans la « modernité » politique et économique[60]. La Chine n’en était pas encore là, mais ce n’est qu’une matière de temps avant qu’elle ne puisse émerger en tant que grande puissance mondiale. Après tout, plusieurs milliers d’Européens vivaient en Chine, dans une position sociale élevée, jouissant de nombreux droits. Cette présence forte n’a fait qu’amplifier les rapports belliqueux, tout en méfiance et en incompréhension entre ces deux civilisations (orientales et occidentales), conduisant à des élans de xénophobie pour ces « barbares » de l’Ouest[61].

« Craignant que, dans la « lutte pour l’existence », les Chinois ne puissent facilement devenir nos maîtres, des écrits demandent même sérieusement que les puissances européennes reviennent sur l’œuvre accomplie, qu’elles referment les ports ouverts et tâchent de repousser les Chinois dans leur ancien isolement et dans leur ignorance. […] Il serait trop tard maintenant pour essayer de séparer de nouveau l’Orient et l’Occident. […], L’Asie orientale fait désormais partie du monde ouvert. Quels seront pour l’humanité tout entière les résultats de cette annexion d’un demi-milliard d’hommes au mouvement général de l’histoire ? Il n’est pas question plus grave. »[62]

 Parmi ceux qui ont poussé ce cri d’alarme figure le Baron Ferdinand Von Richthofen (1833-1905), géologue et géographe allemand, à qui nous devons la popularisation du terme « Routes de la Soie » en 1877[63]. Au cours de ses voyages en Asie, il développe rapidement un intérêt pour la Chine et l’Asie centrale, sous l’angle de la géologie et, plus précisément, de l’étude des ressources primaires dont ces pays disposent. Naturellement curieux, autant intéressé par la géographie que par l’histoire, ses premiers travaux auront une résonnance politique pour l’Allemagne et la guideront à coloniser l’île de Qingdao en 1897 et à vouloir relier la Chine à l’Europe par l’intermédiaire d’une voie ferrée commerciale[64]. Celle-ci devait alors passer par le cœur de l’Asie centrale, traversant le Gobi, le Lob Nor, le Tarim, les Pamirs …, un territoire jusqu’alors peu connu, considéré comme étant l’embryon humain de l’Eurasie, pour reprendre la formulation de Mackinder[65].

Au fur et à mesure des recherches qu’il conduit sur chacune des étapes potentielles de cette voie ferrée, Von Richthofen développe un intérêt particulier pour celles se situant au cœur du Taklamakan, dans le Turkestan Chine (actuel Xinjiang). Il dresse une description exhaustive des montagnes (Altai, Pamirs, Qilian), des rivières (Tarim, Khotan) et des déserts (Taklamakan, Gobi, ainsi que le Lop-Nor, qu’il est le premier à identifier sur une carte)[66].  D’ailleurs, dans son premier volume consacré à la Chine, son tout premier chapitre est consacré au « Turkestan chinois », ou Xinjiang. Ce territoire deviendra, quelques années plus tard, le centre d’intérêt de son élève Sven Hedin (1865-1952), le premier à engager une équipe pour l’étude du Lop-Nor[67], conduisant à la mise au jour de l’ancienne cité de Loulan en 1901[68].

À ce moment précis, entrent en scène les explorateurs du Turkestan chinois Sir. Aurel-Stein, Paul Pelliot, Albert Von Le Coq, Folke Bergman, Huang Wenbi… qui font rentrer dans l’histoire générale de l’Eurasie celle de l’Asie centrale aux périodes anciennes et médiévales[69]. En découlera l’émergence de recherches consacrées aux siècles d’échanges intervenus entre la Chine et l’Ouest par l’intermédiaire des contrées de l’actuel Xinjiang, et dont les universitaires français, Edouard Chavannes, Paul Pelliot, Jacques Gernet seront des experts reconnus[70]. Avec les momies du Taklamakan, les peintures bouddhiques de Miran, le trésor de Begram, les manuscrits de Dunhuang, la peinture des Ambassadeurs d’Afrasiab, ce n’est désormais plus la Chine qui fascine, comme c’était le cas au XVIIIe siècle, mais ce territoire intermédiaire de l’Asie centrale, « lieu de création des empires »[71], pour reprendre très justement les mots de Peter Frankopan, qui faisait le lien entre les deux grandes civilisations de l’Eurasie. Mais en même temps que viendra se préciser la connaissance des civilisations anciennes, le sens de « Routes de la soie » va se complexifier pour englober une longue liste de lieux, territoires, sites anciens qui furent des étapes indispensables le long de ces routes commerciales.

Toutefois, si aujourd’hui cette route représente le lien direct entre la Chine et l’Occident depuis la Haute Antiquité, les premiers utilisateurs de cette expression n’en ont jamais fait emploi de cette façon. C’est ce que nous allons aborder dans cette prochaine section.

Retour aux sources

Cette appellation de « Routes de la Soie » est résolument moderne, née dans un contexte occidental, voire utilitariste, et pour laquelle de nombreuses imprécisions sont souvent données dans les publications qui tentent de la définir.

Avant le XIXe siècle, jamais le terme de « Routes de la Soie » ne fut utilisé par les peuples occupant les territoires qu’elles traversent. Même lorsque les Romains et les Chinois ont tenté de rentrer en relation directe, les échanges n’étaient pas ramenés à cette expression unique. Les routes n’avaient d’ailleurs pas spécifiquement de noms. Les liens commerciaux, diplomatiques avec les peuples étrangers se mesuraient en rapport de force entre deux puissances. Et surtout, il n’était pas question de décrire un itinéraire allant de Rome à Chang’an ! L’idée même d’une route unique permettant de relier les deux grands pôles de l’Eurasie n’était tout simplement pas dans les considérations des populations anciennes.  Ceci est une conception moderne.

C’est en Allemagne que naquit le terme de « Seidenstraße », bien avant Von Richthofen en 1877, contrairement à ce que l’on trouve un peu partout. Ce dernier est l’hériter de recherches qui le précédent et qui vont grandement influencer ses propres travaux et la compréhension de ce terme. Robert Mack, pour ne citer que lui, en fait ainsi emploi en 1874, pour se référer aux « caravanes de Chine » qui passaient sur la « Route de la Soie » depuis le Gobi jusqu’à l’Oxus[72]. En 1868, Kaeuffer suppose que cette route devait se trouver entre la Mésopotamie et la Chine[73].

Mais il faut revenir dans les premières années du XIXe siècle, pour trouver la trace de son usage premier. Karl Ritter, souvent considéré comme le père de la géographie moderne, rédigea une étude extensive de l’histoire de la géographie humaine. Dans cet ouvrage, il fait plusieurs fois référence au terme de « Sérés », ce peuple ainsi nommé par les auteurs grecs et latins de l’Antiquité pour se référer aux producteurs de la soie :

« C’est le prolongement oriental du passage qu’Ibn Hawqal a nommé « la grande route de Fergana » [die große Straße von Ferghana] de Samarkand à Khujand. C’est aussi la même grande route commerciale vers les Serrès [große Handelsstraße zu den Seren] d’où la grande route terrestre passait par Bactra jusqu’à Barhgaza au sud de l’Inde. À cette route commerciale, à laquelle nous avons déjà fait allusion sur Ptolémée … [Ibn Hawqal] ajoute l’intéressante nouvelle de quatre villes riches et célèbres des Serrès, vers lesquelles les caravanes se sont rendues pour obtenir la soie et le fin Serian tissus qui ont rendu ces gens si célèbres. »[74]

Ainsi que le fait remarquer Mertens dans une étude trop rarement citée[75], la « grande route du Ferghana » correspond à celle reliant le cœur du fleuve Jaune à Samarcande. Ritter s’intéresse à une microhistoire humaine des échanges et comprend que ces territoires identifiés à l’Asie centrale marquaient le lien entre le Proche et Moyen-Orient d’un côté, la Chine et l’Extrême-Asie de l’autre. Et Ritter poursuit ainsi dans un ouvrage de 1838 : « Outre cette route maritime méridionale au-dessus de Ceylan, l’Inde et la mer Perso-Arabique… ouvrait à peu près en même temps la route continentale nord de la route de la soie [nördliche continentale Weg der Seidenstraße], de la Chine à l’Ouest jusqu’à la mer Caspienne. »[76] Une route continentale, désignée alors sous ce terme, s’oppose à celle de la mer.

Richthofen, qui à la différence de Ritter est un homme de terrain, dispose de plusieurs décennies d’études sur l’histoire des vieilles routes entre la Chine et l’Occident. Ainsi que le faisaient ses prédécesseurs, Richthofen emploie d’abord le pluriel « Seidenstraßen » dans les titres, un pluriel qui disparait en Anglais (« Silk Road »), dès les premières traductions faites en 1878, sans doute pour simplifier et sublimer l’expression[77]. Nourri des travaux de Ritter, il sait que « Seidenstraße » est employé spécifiquement pour désigner un parcours plus réduit que ce que l’on a tendance à présenter dans les diverses cartes actuelles. Il l’associe à un itinéraire spécifique décrit par Claude Ptolémée dans son Oikoumene[78]. Ainsi, on trouvera la mention « Die Seidenstrasse des Ptolomaeus » (Route de la Soie de Ptolémée)[79] ou encore « die Seidenstrasse von Maës » (Route de la Soie de Maës)[80] en référence à Maes Titianos[81], agent de Marinus de Tyr (décédé au début du IIe s. apr. J.-C.), qui dressa, dans sa Géographie, une carte commentée allant de l’Atlantique à Sérametropolis (c’est-à-dire l’ancienne Chang’an, capitale de la dynastie des Han)[82].  Suivant les descriptions à sa disposition, il réfléchit aux itinéraires qui pouvaient avoir servi pour relier l’Est à l’Ouest, tentant une explication scientifique de la Géographie de Ptolémée, sans ajouter de routes imaginaires :

“He (Richthofen) takes pains to emphasize that “it would be a mistake to consider that it [Marinus’ route] was the only one at any given moment or even the most important one”. In general, rather than “Seidenstrassen,” Richthofen prefers the terms “Verkehr” (communication), “Strassen” (roads or routes), “Hauptstrassen” (main routes) or “Handelsstrassen” (trade routes), even as he stresses that it was the trade in silk which fueled the development of the Inner Asian contacts”.[83]

Daniel Waugh fait ainsi remarquer, à juste raison, que Richthofen préfère l’usage de termes plus simples, plus précis pour ne pas mythifier un itinéraire ne pouvant jamais être replacé sur une carte, tant ses variantes étaient nombreuses et changeantes au fil du temps. C’est une approche scientifique de la Géographie de Ptolémée, source principale pour laquelle il tente, avec ses collègues de Berlin (notamment Heinrich Kiepert), de replacer sur une carte les toponymes cités et en particulier corriger la partie orientale décrite dans l’oikoumene. Il s’intéresse notamment aux itinéraires antiques qui conduisent de part et d’autre de l’Asie centrale, de Bactres (capitale de la Bactriane – Afghanistan) à Chang’an (capitale de l’Empire des Han – Chine) : “ Examinons plus précisément la route de la soie de Marinus et Ptolemaeus. Son point de départ est Baktra, l’actuel Balkh, au sud de l’Oxus. Son terminus est la métropole de Sera”[84]. Plaque tournante des réseaux commerciaux en Asie centrale, Bactres marquait la dernière étape d’un long parcours conduisant de la Syrie romaine jusqu’à la Margiane (Turkménistan)[85]. Bactres était aussi l’un des points clés conduisant jusqu’à Taxila, ainsi que le montrera, quelques années après la Seconde Guerre mondiale, Alfred Foucher lors des fouilles françaises qu’il conduisit. Foucher est d’ailleurs un important personnage sur l’étude de ces routes en Asie centrale, pour l’appellation qu’il attribue aux deux routes terrestres principales qui mènent vers l’Inde et la Chine depuis Bactres : « La Vieille Route de l’Inde » et « La vieille Route de la Soie, de Chine en Bactriane »[86].

  • Le premier itinéraire conduit de Bactres à Taxila, puis jusqu’à Mathura, reliant ainsi les nœuds d’échanges entre l’Amou-Daria et l’Indus. C’est la voie principale qu’empruntèrent les armées d’Alexandre le Grand. Elle deviendra au tournant de notre ère la voie de diffusion du bouddhisme du Grand Véhicule jusqu’en Chine. 
  • La seconde voie remonte au Nord, traverse la Sogdiane, puis le Ferghana avant d’atteindre Kashgar, puis multiples itinéraires possibles conduisent jusqu’au Gansu et ensuite au cœur des cultures chinoises le long de la Wei et du fleuve Jaune. Les textes issus de la dynastie des Han mentionnent cet itinéraire à bien des reprises[87].
La Vieille Route de l'Inde de Bactres à Taxila : vol.1 / Page 15 (Grayscale High Resolution Image)
Figure 2 : Schéma situant le tronçon Bactres-Taxila dans le réseau asiatique (D’après A. Foucher : 1947, vol.2, carte 2).

Dans les deux cas, nous sommes dans une micro-étude des déplacements et non dans une analyse macro des échanges entre l’Est et l’Ouest. Ainsi que l’avaient déjà compris Von Richthofen et les premiers utilisateurs du terme « Routes de la Soie », le point de passage le plus délicat était selon eux de parvenir à franchir les obstacles naturels principaux entre la Chine et l’Asie centrale : la chaine du Kara Korum, le plateau des Pamirs ou l’Indu Koush. Seules quelques voies de passages sont possibles et bien sûr très protégées par les pouvoirs locaux à différentes époques. Les Achéménides, Macédoniens, Parthes, Kushans, Sogdiens, Sassanides, Seldjoukides, Kara-Khitan, Mongols, Moghols, Safavides… en étant tour à tour au contrôle de ces routes commerciales sont naturellement devenus les intermédiaires directs des échanges. Il en va de même pour les routes maritimes. Certes, un navire peut faire le trajet directement d’un port à un autre, ce qui accroît considérablement l’intensité des échanges (à dos de chameau ou sur un navire, la quantité transportée n’est évidemment pas la même !), mais il n’en demeure pas moins que les marchandises passent d’un état à un autre jusqu’à atteindre leurs destinations finales[88].

« Les Routes de la Soie » ne sont donc ni inventées pour faire une macro-histoire des relations entre l’Occident et la Chine ni pour ne parler que d’une seule denrée spécifique. Les géographes allemands l’emploient pour mettre en avant une partie jusqu’alors peu explorée de l’histoire du monde ancien : l’Asie centrale. Ils s’intéressent aux liens entre les centres et les périphéries, la nature des échanges et leurs complexités. Suivront les archéologues, épigraphes asiatiques et européennes, qui apporteront dès le XXe siècle par leurs découvertes, un approfondissement indispensable à l’histoire de cet entre-deux-mondes.

« Routes de la Soie », de l’évolution du terme au cours du XXe siècle 

Quelques années après que ce terme commence à être employé dans le domaine scientifique (surtout en anglais, français et allemand), le sinologue Friedrich Hirth publie en 1885 une monographie intitulée « China and the Roman Orient ». L’étude s’intéresse pour la première fois en langue occidentale aux descriptions contenues dans les histoires dynastiques chinoises pour désigner les contrées étrangères, à l’Ouest. Tout y est : une analyse des anciennes routes empruntées pour accéder à l’Asie centrale, le périple de Gan Ying jusqu’à la mer Érythrée, les échanges avec l’Inde… mais pas une seule référence au terme de « Routes de la Soie »[89].

En outre, malgré les travaux de Von Richthofen et l’engouement progressif pour l’étude de l’Asie centrale pour les périodes anciennes, cette expression est encore loin d’être celle qui désignera plus tard l’histoire des échanges entre l’Est et l’Ouest. L’expression est entrée dans la langue chinoise comme néologisme des géographes européens. Elle est introduite par les relations entre Sven Hedin et Pékin, alors que débute une collaboration archéologique sino-suédoise à la recherche du Gansu ancien[90]. Dans leur diffusion limitée avant 1949, les nouveaux termes « si lu » (丝路) ou « si chou zhi lu » (丝绸之路),  traduction littérale de cette expression, figuraient généralement entre guillemets. On parlait plus volontiers de la «soi-disant Route de la Soie». Au cours des années 1950 à 1970, l’expression chinoise est de plus en plus pratique pour décrire les relations diplomatiques et économiques qu’elle entretient avec l’Afghanistan, le Pakistan et le Moyen-Orient. Elle devient le symbole de la reconstruction d’une « Route de la Soie » vieille de deux mille ans, qui a commencé lorsque Zhang Qian a ouvert la route du Gansu et du Xinjiang en Chine vers les contrées occidentales[91].

En Iran, et comme le rappelle Nile Green[92], les « Routes de la soie » n’entrent véritablement dans le discours journalistique tout d’abord, puis scientifique, qu’à partir des années 70. L’expression « péril jaune » prévalait et au moins pour deux raisons. La première est associée aux invasions mongoles (XIII° siècle) puis timourides (XIV° siècle). Partout en terres d’islam, ces invasions ont l’effet d’un traumatisme. La destruction de Bagdad en 1258 ébranle non seulement la légitimité du califat, dont le déclin entache le prestige de la civilisation arabo-persane,[93] mais elle marque aussi un tournant dans la représentation de l’étranger. Et tout particulièrement celles désignant cet « Autre » venu des régions de l’Asie orientale ou centrale, porter le fer dans ces régions depuis des siècles déjà associées à l’Umma (la « Communauté des Croyants »). Cet étranger, on le craint. Et on le désigne désormais sous les traits du diable. Le Coran ne mentionne-t-il pas « Gog et Magog » (en arabe Ya’jûj wa Ma’jûj) – qu’annonce également le récit biblique d’Ezechiel – comme synonyme d’apocalypse et annonciateur de la proximité de la fin des temps ? Ces invasions semblent avoir donné corps à ces prophéties. Elles inspirent encore aujourd’hui la terreur au point où l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, continue à être comparée par Saddam Hussein et ses thuriféraires, à celle des Mongols[94].

La seconde de ces raisons est largement liée au fait que le monde musulman perçoit dès la seconde moitié du XIXe siècle la Chine impériale comme un repoussoir, lequel est inversement proportionnel au degré de fascination qu’exerce le modèle japonais. La victoire de Tokyo à Port Arthur contre la flotte navale russe (1905) n’y est pas étrangère et nombre d’intellectuels musulmans (et plus particulièrement Tatars des espaces russes et turcophones[95]) perçoivent le Japon comme un recours à leurs choix de réformes[96]. Le choix d’une collaboration idéologique durant l’occupation japonaise de la Chine s’inscrira pour un certain nombre d’indépendantistes, ouïgours notamment, dans cette continuité[97]. Le « péril jaune » est dès lors associé à une Chine en déclin, dont les mœurs archaïques, voire dangereuses, semblent justifier une politique de conquête. C’est dans ce contexte que le Japon, messianique et conquérant, se hisse au rang des nations modernes, sans pour autant sacrifier sa singularité de puissance asiatique[98]. La reconnaissance diplomatique de l’Iran du Shah Palhavi par la République populaire de Chine (1971), l’année même où celle-ci évince sa rivale (la République de Chine – Taïwan) du Conseil de Sécurité entraîne une double réhabilitation : celle d’une Chine marxiste déjà prompte à un revirement inédit visant, après avoir très largement contribué à en détruire les plus beaux vestiges durant la première phase de la Révolution culturelle (1966-1976), à mettre en avant son patrimoine des périodes anciennes d’une part, et bénéficiant déjà des attentions ainsi que des largesses américaines comme partenaire stratégique dans la lutte commune à laquelle se livrent Washington et Pékin contre Moscou. 

On est alors très loin de l’eurasisme dans ses différentes acceptions[99] – conservatrice voire mystique pour un Vladimir Soloviev, révolutionnaire pour un Alexandre Blok – et conférant à l’immensité de cet espace oriental, l’idéal d’une humanité renouvelée avec laquelle Sven Hedin ou Élisée Reclus pensent à leur tour renouer, mus par des aspirations toutefois bien différentes[100]. La culture aide avant tout dans cette quête et l’élaboration d’une image de respectabilité qu’endosse alors la Chine est une façon d’ancrer le régime communiste dans un continuum historique. Dès les années 1980, Deng Xiaoping appelle ses concitoyens, en termes imagés, à reconstruire la grande muraille. Paradoxe s’il en est, que peu d’observateurs occidentaux avaient relevé, et qui reste d’actualité : toute ouverture de la Chine – celle aux investisseurs étrangers en est une – s’accompagne d’un dispositif de fermeture. Dans une société où l’on privilégie le discours allusif, il n’échappait à personne que la restauration toute symbolique de la grande muraille était annonciatrice d’une résistance du régime, tout en les montrant du doigt et en les qualifiant de « pollution spirituelle », aux valeurs que sont la démocratie et les Droits de l’homme.

L’échec de Gorbatchev à réformer de l’intérieur le système soviétique conforta les dirigeants de Pékin dans leur choix. Plusieurs décennies après la longue parenthèse que furent respectivement l’expérience désastreuse du maoïsme et celle de la première République, ils semblent avoir renoué avec le legs d’une politique prônée il y a plus d’un siècle par un haut fonctionnaire de la Cour mandchoue, Zhang Zhidong. Son aphorisme résume tout : « l’apprentissage chinois des principes fondamentaux et des études occidentales pour des applications pratiques » (Zhongxue Weiti Xixue Wei Yong). C’est à ce principe que souscrit aujourd’hui Xi Jinping.

En cela, le Sharp power chinois est un instrument nécessaire à ce qui tient lieu de mantra : rattrapage pour le pays de son retard technologique et changement de paradigme, la Chine n’étant plus – selon la formule déjà datée – l’« atelier du monde ». Corrélativement, cette priorité engage une mobilisation à la fois sociale et culturelle. Donc politique. Toutes les activités du pays lui sont subordonnées, que ce soit dans le domaine de la politique éducative, de l’innovation industrielle ou numérique, des industries culturelles, de la mise en valeur du patrimoine ou de la pensée. Le projet des « Nouvelles Routes de  Soie » est le principal vecteur de cette stratégie. Globale, elle crée les conditions nécessaires à la sécurisation des objectifs chinois dans le monde. Malgré l’opacité apparente de sa finalité, elle ne laisse aucun doute quant à ses perspectives hégémoniques.

Sur le temps long, dans un tout autre contexte et avec une vitesse quant à l’exécution des moyens mis en œuvre, bien moindre qu’aujourd’hui il est vrai, le déploiement de cette puissance n’est pas sans rappeler les stratégies déployées jadis par la principauté Qin. Dès le IIIe siècle avant notre ère, elle aménagea des routes pour ensuite envahir ses voisins et s’imposer comme force normative. De cette conquête naquit le Premier Empire[101]. Les dynasties suivantes s’en inspirèrent par l’établissement de villes garnisons d’après une tactique non d’endiguement, mais de contournement et de neutralisation de l’adversaire. Rétractable au gré des opportunités saisies par ses marchands et ses militaires, et caractérisées par l’aménagement de comptoirs, cette tactique est redécouverte par la Chine et ses dirigeants à l’aune de considérations bien actuelles et ce, où que ce soit à travers le monde.

Dans ce contexte, la culture est un moyen. Fondamentalement hybride dans ses référents comme dans les possibilités, somme toute limitées, accordées à ses acteurs de s’épanouir et de créer en toute liberté, la culture, telle que la conçoivent les autorités chinoises, est symptomatique de ce qu’est devenu ce pays : une puissance déconcertante.

CONCLUSION

Philippe Bruneau et Pierre-Yves Balut, en s’associant, furent les pionniers de cette idée qu’il fallait la création d’une archéologie moderne et contemporaine pour souligner les absurdités des « […] découpages de l’humanité selon les frontières sociologiques »[102]. Voilà ce que nous avons tenté de faire avec cette analyse, en relevant les nombreux obstacles qui apparaissent derrière son usage. La renaissance de sa nomenclature, en 2013, avec les « Nouvelles Routes de la Soie » nous aura servi à mettre le doigt sur l’absurdité de son usage et des bornes purement « subjectives » posées par les spécialistes actuels.

Trop souvent, faisons-nous emploi de ce terme en oubliant qu’elle trouve son origine dans un européocentrisme du XIXe siècle et dans le contexte particulier de l’évolution des relations entretenues entre deux grandes puissances : la Chine des Qing et les puissances coloniales européennes.

Au regard des recherches conduites pour cet article, nous sommes ainsi au moins sûrs d’une chose : le terme « Routes de la Soie » devrait être uniquement et essentiellement employé pour une analyse géopolitique des relations entre l’Occident et la Chine à partir du XIXe siècle et jusqu’à l’époque contemporaine. En faire usage pour les périodes précédentes n’est qu’anachronisme de la compréhension des échanges et ne sert, reconnaissons-le, qu’à contribuer à la célébrité d’une étude.

Nous ne pouvons qu’espérer que les recherches à venir proposeront un regard plus large – ou plutôt, plus chronologiquement ouvert – sur l’évolution des rapports entre les mondes asiatiques et occidentaux. Ces deux aires culturelles sont plus que jamais entrelacées de nos jours dans la construction d’une histoire commune. Elles doivent, même pour la période contemporaine, être le sujet d’études historiques et archéologiques pour continuer à avoir ce recul scientifique nécessaire afin d’observer autrement l’évolution des rapports entre l’Est et l’Ouest.

PAR EMMANUEL LINCOT / Professeur (HDR) à la Faculté des Lettres de l’Institut catholique de Paris – UR EA 7403 : « Religion, Culture et Société » et chercheur associé à l’IRIS

ET

PAR  DR. ARNAUD BERTRAND / Chercheur associé au laboratoire de recherche ArScAn (UMR 7041), chargé d’enseignement à la Faculté des Lettres de l’Institut Catholique de Paris et directeur exécutif de l’AFAO.

FÉVRIER 2021

Cet article a été initialement publié dans la revue Asia Focus le 04/02/2021. Cette publication vous est proposée avec l’aimable autorisation des directeurs de publication. Retrouvez ici l’article original.


[1] Notamment dans l’univers de la série télévisée. Celle consacrée à Marco Polo (diffusée sur Netflix entre 2014 et 2015), idéalise la rencontre du jeune marchand vénitien, dont le physique ne peut être plus éloigné de la réalité, avec le Grand Khan. Elle met en scène toutes les idées reçues des rapports entre l’Asie et l’Occident au Moyen-Âge grâce à un budget qui dépasse de loin ceux des autres séries historiques. Romain Cheyron, “Netflix annule sa série « Marco Polo » après 2 saisons », 13/12/2016. [En ligne :] https://www.lci.fr/tele/netflix-annule-sa-serie-marco-polo-apres-2-saisons-2017222.html (Consulté le 17/11/2020). On retrouve même son usage jusque dans les jeux vidéos. Ainsi, le jeu de guerre « Battlefield 4 », notamment le contenu téléchargeable par des milliers de gamers intitulé « China Raising » met en scène des conflits internationaux sur les « Routes de la Soie » où le méchant est un général chinois. J.M, « “Battlefield4” suscite la colère de militaires chinois », 20/12/2013. [En ligne :] https://www.20minutes.fr/high-tech/1266125-20131220-20131220-battlefield-4-suscite-colere-militaires-chinois (Consulté le 17/11/2020)

[2] Les expositions actuelles sur le sujet sont nombreuses, que ce soit en Asie ou en Occident. Plusieurs sont d’ailleurs en préparations, notamment en France avec l’Institut du Monde arabe, le musée des arts asiatiques-Guimet (le Tadjikistan) et au Louvre (sur l’Ouzbékistan). Ainsi, il serait trop long ici de les citer toutes. Pensons simplement à celle qui fut présenté à la réouverture du musée des arts asiatiques-Guimet : Monique Cohen, Jacques Giès, Sérinde, terre de Bouddha : Dix siècles d’art sur la route de la soie, Catalogue de l’exposition tenue au Grand Palais du 24 octobre 1994 au 19 février 1996, Paris : Réunion des Musées Nationaux, 1995.

[3] Elles sont nombreuses : citons la revue américaine : « Silk Road » publiée par Daniel Waugh depuis 2003 ou encore la revue chinoise « sichou zhi lu ; 絲綢之路» publiée depuis les années 2000.

[4] Comme la liste est longue, citons simplement quelques ouvrages récents publiés en Français et en  Anglais :  Peter Frankopan : 2019 et 2020 ; Liang Emlyn Yang, Hans-Rudolf Bork, Xiuqi Fang, Steffen Mischke (eds.) : 2019 ou encore Susan Whitfield (eds.) : 2019. Bien sûr, il n’est pas possible ici de ne pas mentionner l’ouvrage de Luce Boulnois, consacré à ce sujet et qui fut traduit en plus de neuf langues dès les premières années de sa parution (1963). Luce Boulnois : réed. 2010.

[5] Michel Foucault, Les mots et les choses, Paris, Gallimard, 1966

[6] Etienne de La Vaissière, Histoire des marchands sogdiens, (Bibliothèque de l’Institut des Hautes Études chinoises 32), Paris : Bibliothèque des Hautes Études chinoises, 2002.

[7] Citons surtout ces travaux récents : Daniel Waugh. « Richthofen’s “The Silk Roads”: Toward the Archeology of a Concept”, ». The Silk Road 5, No. 1, 2007, p. 1-10; Tamara Chin. « The Invention of the SilkRoad, 1877 ». Critical Inquiry 40, 2013, p.194‑219. Nile Green. « From the Silk Road to the Railroad (and Back): The Means and Meanings of the Iranian Encounter with China », Iranian Studies, 2013, p. 1‑28 ; Khodadad Rezakhani. « The Road That Never Was: The Silk Road and Trans-Eurasian Exchange ». Comparative Studies of South Asia, Africa and the Middle East 30, No. 3, 2010, p. 420‑33. Matthias Mertens. « Did Richthofen Really Coin “the Silk Road”? » The Silk Road 17, 2019, p. 1‑9.

[8] On ne citera que la plus récente d’entre elles, qui fait largement parler d’elle, et à juste raison par sa accessible au grand public et à ce savoir encyclopédique de l’auteur spécialiste des études Byzantines à Oxford : Peter Frankopan, A New History of the World, Londres : Bloomsbury Publishing, 2015. Une publication suivie d’une seconde consacrée à la période contemporaine : Peter Frankopan, The New Silk Roads, Londres : Bloomsbury Publishing, 2019. Nous pouvons aussi rappeler le livre de Valérie Hansen, A New History, Oxford : Oxford University Press, 2012. Ce dernier, plus humble, fait le choix de s’intéresser à quelques-unes des grandes étapes centre-asiatiques et chinoises.

[9] Tim Williams, “The Silk Road: Thematic Study”, 2013, p. 5. Rapport d’étude du projet ICOMOS présenté à l’UNESCO en 2013 et développé à l’institut d’archéologie de l’University College de Londres en partenariat avec la Xi’an University.

[10] Susan Whitfield (ed.), Silk Roads: Peoples, Cultures, Landscapes, Londres: Thames & Hudson, 2019.

[11] Idem. p. 15.

[12] Peter Frankopan. Op.cit, p. 25-27.

[13] Jean-Pierre Drège, Marco Polo et la Route de la Soie, (Découvertes Gallimard), Paris : Gallimard, 1989.

[14] Il suffira de se rendre au musée d’histoire de Lanzhou pour trouver, au début de la salle consacrée à ce thème, la statue de cet ambassadeur chinois. Pour le public chinois et nombre de spécialistes, il ne peut y avoir une autre date que celle-ci. Les ouvrages, articles et même revues scientifiques sont innombrables en chine. Citons ici : Chao Changchun, Sichou zhi lu manji 絲綢之路漫記, Pékin : Xinhua chubanshe, 1981.

[15] Parmi les nombreuses discussions sur le sujet, une étude récente mérite ici d’être mentionnée : Laurianne Martinez-Sève, “Ai Khanoum And Greek Domination in Central Asia”, Electrum, n°22, 2015, p. 17-46.

[16] Giusto Traina (trad. Gérard Marino), Carrhes 9 juin 53 avant J.-C. : Anatomie d’une défaite, Paris : Les Belles Lettres, 2011.

[17] Homer Dubs, « An Ancient Military Contact Between Romans and Chinese », American Journal of Philology 42 (1941), p.322-330.

[18] L’ouvrage de Christopher Beckwith intitulé « Empires of the Silk Road » de 2009 reste dans ce cas une importante contribution2009.

[19] Voir par exemple Georges-Jean Pinault (1995), à propos des Tokhariens.

[20] Oswald Szemerényi (trad. de l’allemand), Introduction to Indo-European linguistics [« Einführung in die vergleichende Sprachwissenschaft »], Oxford : Oxford University Press, 1996,

[21] Voir infra. p. 9.

[22] Elena Efimonova Kuzmina, The Prehistory of the Silk Road, Philadelphie : University of Pennsylvania Press, 2008.

[23] Nous pouvons même remonter au Pléistocène, par les influences asiatiques et centre-asiatiques dans la taille des silex. Frédérique Brunet, « La néolithisation en Asie centrale : un état de la question », Paléorient, 1999, vol. 24, n°2, p. 27-48 et Frédérique Brunet, « De l’imitation à l’emprunt dans les sociétés néolithiques et chalcolithiques d’Asie centrale : Ouzbékistan – Turkménistan – Iran », in P. Rouillard avec la collaboration de C. Perlès et E. Grimaud (éd.), Mobilités, immobilismes. L’emprunt et son refus, Paris : De Boccard, 2007, p. 253-266.

[24] Citons le rapport préliminaire en chinois : Sun Zhouyong 孙周勇, “Shanxi Shenmuxian Shimao yizhi 陕西神木县石峁遗址 (Le site archéologique de Shimao, district de Shemu, province du Shanxi), Kaogu, 2013, n°7. Une intéressante étude au sujet se trouve dans: Jaang, Sun, Shao et Li, « When peripheries were centres: a preliminary study of the Shimao-centred polity in the loess highland, China », Antiquity, vol. 92, No. 364,‎ 2018, p. 1008–1022.

[25] On peut rappeler d’ailleurs que simultanément à la promotion des « Nouvelles Routes de la Soie », Afghanistan, Turquie, Turkménistan, Azerbaïdjan, et Géorgie signent un traité intitulé « Corridor du Lapis Lazuli », pour ouvrir une voie rapide pour commercer. Cette route fait moins la une des journaux (occidentaux et chinois), sans doute puisqu’elle pas aussi ancienne -dans son appellation – à celle de la soie. Cet accord marque pourtant l’essor d’un réseau économique se détachant de celui imposé par la Chine. Voir Johar, “Text of the Lapis Lazuli Route Agreement Finalized”, RECCA (21/11/2016). [En ligne:] http://recca.af/?p=2233 (Consulté le 19/11/2020). « Georgia joins Lapis Lazuli transit corridor connecting Europe and Asia », Agenda.Ge, (16/11/2017). [En ligne: ] https://agenda.ge/en/news/2017/2518 (Consulté le 19/11/2020)

[26] Patrick Saint-Paul, « La Chine bétonne la nouvelle route de la soie », Figaro International, 9 septembre 2013. [En ligne :] https://www.lefigaro.fr/international/2013/09/09/01003-20130909ARTFIG00777-la-chine-betonne-la-nouvelle-route-de-la-soie.php (Consulté le 09/10/2020)

[27] Emmanuel Lincot, Chine, une nouvelle puissance culturelle ? Les Essais médiatiques, Paris : MkF editions, 2019, p. 117.

[28] L’année 1991 voit cet espoir annihilé tandis que les « stan », pays nouvellement indépendants, se réapproprient leur histoire dans le maelstrom des réformes qui en consacre une part d’oubli ou, au contraire, conduit à son instrumentalisation afin de mieux assoir un projet de construction nationale et identitaire. Voir : Olivier Roy, La Nouvelle Asie centrale ou la fabrication des nations, Paris, Le Seuil, 1997.

[29] Shannon Tiezzi, “China’s ‘New Silk Road’ Vision Revealed”, The Diplomat, 09/05/2014. [En ligne :] https://thediplomat.com/2014/05/chinas-new-silk-road-vision-revealed/ (Consulté le 09/10/2020)

[30] Emmanuel Lincot, Emmanuel Veron, « Les dessous du plan de la Chine pour dominer le monde : « une tradition politique paranoïaque », Atlantico, 28/04/2020. [En ligne :] Les dessous du plan de la Chine pour dominer le monde : « une tradition politique paranoïaque » | Atlantico.fr (Consulté le 17/01/2020)

[31] C’est le cas pour l’ouvrage édité par Michel Espagne, Svetlana Gorshenina, Frantz Grenet, Shahin Mustafayev, et Claude Rapin en 2016, consacré aux transferts culturels en Asie centrale. Là, « Routes de la soie » ne sert que d’unifier les pays de l’ex-Union soviétique autour d’une réflexion générale, et Trans-chronologique, du rôle de l’Asie centrale dans l’histoire de l’Eurasie.

[32] Thomas Tanase, Marco Polo, Paris: Ellipses, 2016.

[33] Johannes Freutsmiedl, Römische Straßen der Tabula Peutingeriana in Noricum und Raetien, Verlag Dr. Faustus, Büchenbach, 2005.

[34] À propos de cet itinéraire, consulter : M.L. Chaumont. « Études d’histoire parthe.V. – La route royale des Parthes de Zeugma à Séleucie du Tigre d’après l’Itinéraire d’Isidore de Chaarax ». Syria. 61, No. 1‑2 (1984): 63‑107.

[35] Paul Vidal de la Blache, « Les voies de commerce dans la Géographie de Ptolémée (partie 2) »,Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, n°40-6, 1896, p. 456-483.

[36] Justement, les actes du colloque de Beaulieu-sur-mer en 2015, intitulé « La Grèce dans les profondeurs de l’Asie » n’a nullement besoin de cette expression pour centrer les recherches apportées dans ce cadre pour présenter l’apport hellénique dans le développement des relations artistiques et économiques avec les puissances de l’Asie centrale.

[37] Consulter notamment la récente monographie sur ce sujet, publiée par Michèle Casanova en 2013.

[38] Paradoxalement, toutes recherches destinées à étudier ces échanges, qui s’intègrent pour chaque époque dans une articulation contexte des réseaux de marchands, le terme « Routes de la Soie » est automatiquement oublié du titre de l’étude, ou même de l’étude tout court. Citons ici : Şenay Yanar, « Yüzyıl Avrasya Ticaretinde İran İpeği(Soierie iranienne au XVIIe siècle : Objet de commerce eurasiatique) » History Studies, Vol. 6, n°4, 2014, p. 241-251 ; Shahin Mustafayev, « The Silk Trade from the Ilkhanids to Aqqoyunlu » Acta Via Serica, 2016, p. 119-136.

[39] Jean-Baptiste Du Halde, Description géographique, historique, chronologique, politique & physique de l’Empire de la Chine & de la Tartarie chinoise, tome 1, Paris : N. L. Moutard, 1770, p. ix.

[40] Zhan Shi, « L’image de la Chine dans la pensée européenne du XVIIIe siècle : de l’apologie à la philosophie pratique », Annales historiques de la Révolution française, 347 | 2007, p.93.

[41] Zhan Shi. Op.cit, p. 94. Sur ces sujets, Stéphane Castelluccio, « Le goût pour l’Asie. Le commerce des objets chinois et japonais à Paris dans la première moitié du XVIIIe siècle », in Yohan Rimaud et Alaistair Laing (dir.), Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de Boucher [cat. Expo., Besançon, musée d’Art et d’archéologie, 9 novembre 2019-2 mars 2020], Paris : In Fine Éditions d’art, 2019, p. 27-39. 

[42] Joachim Bouvet, Portrait historique de l’empereur de la Chine, Paris : Estienne Michallet, 1697.

[43] Ce ne sont là que les quelques produits récurrents mentionnés sur les inventaires de vente de la Compagnie des Indes.

[44] Tamara Préaud et Antoinette Faÿ-Hallé, Porcelaines de Vincennes. Les origines de Sèvres, [catalogue d’exposition au Grand Palais octobre 1977-janvier 1978].

[45] Même si cela concerne l’Inde, il n’est pas sans inutilité de citer ici Voltaire : « Les nations européennes ont inondé l’Inde. On a su y faire de grands établissements ; on y a porté la guerre : plusieurs y ont fait des fortunes immenses, peu se sont appliqués à connaitre les antiquités de ce pays plus renommé autrefois pour la religion, les sciences et les lois, que pour les richesses, qui ont fait de nos jours l’unique objet de nos voyages ». Voltaire, Le siècle de Louis XIV ; auquel on a joint un Précis du siècle de Louis XV, Genève : Cramer et Bardin, 1775.

[46] Lire en particulier la missive de Jean-Denis Attiret qui porte sur le « jardin des jardins » du Palais d’Eté des empereurs Qing. Compagnie de Jésus, Isabelle Vissière (éds.), Lettres édifiantes et curieuses de Chine : 1702-1776, Paris : Garnier, 1979, lettre du1er novembre 1743.

[47] Elle figure au cœur de nombreux sujets dans les salons littéraires, parfois même un sujet de dispute entre les chefs de fils de la pensée des lumières. Pour Rousseau, les Chinois sont parfois considérés comme un peuple doté d’une « force aveugle et barbare » (Rousseau), ne s’intégrant pas dans le schéma de pensée de Montesquieu dans son « Esprit des lois ». Ce dernier ira même jusqu’à dire : « Il n’y a point de vice qui ne domine [les Chinois], point de crime qui ne leur soit familier. » (J.J. Rousseau, « Si le rétablissement des sciences et des arts à contribué à épurer les mœurs ? » Dans : Discours qui a remporté le prix à l’académie de Dijon en l’année, Genève : Barillot & fils, 1750, p.467).  Une affirmation que conteste Voltaire, qui pour un temps, alors en exil, chercha refuge dans l’Empire du milieu. On sait son intérêt pour l’histoire de l’Inde, et du Bouddhisme qui l’intrigua beaucoup lorsque comparée au christianisme (Voltaire, Le siècle de Louis XIV ; auquel on a joint un Précis du siècle de Louis XV, Genève : Cramer et Bardin, 1775). Sur ces sujets, voir Yi Gao, « Les origines chinoises des Lumières et de la Révolution française », Annales historiques de la Révolution française, 2017/1, n°387, p. 103-122.

[48] Pour reprendre la célèbre expression donnée dans Françoise Braudel, Eric John Hobsbawn, Jean-Claude Pineau, L’ère des révolutions, Paris : Pluriel, 2011.

[49] Lord Macartney, Voyage dans l’intérieur de la Chine, et en Tartarie, fait dans les années 1792, 1793 et 1794 », 2t., Paris : F. Buisson, 1804. 

[50] Henri Ellis, Voyage en Chine ou Journal de la dernière ambassade anglaise à la cour de Pékin (1817), vol. 1, Paris : Delauney, 1818, p. 124.

[51] Terme qui n’apparait d’ailleurs qu’à la fin de l’antiquité. Avant, les auteurs de la dynastie des Han Occidentaux faisaient emploi du terme « lijian » (犁靬), désignant pour certains les Séleucides de Syrie. Voir: D.D. Leslie and K. H. J. Gardiner, The Roman Empire in Chinese Sources, Studi Orientali, Rome: Bardi, 1996. Et pour la contre-argumentation de cette étude, consultez: Edwin G. Pulleyblank, « The Roman Empire as Known to Han China Review: The Roman Empire in Chinese Sources by D. D. Leslie; K. H. J. Gardiner », Journal of the American Oriental Society, vol. 119, no 1,‎ janvier-mars 1999, p.71–79. Plus récemment: Kriztina Hoppal « Chinese Historical Records and Sino-Roman Relations: A Critical Approach to Understand problems on the Chinese Reception of the Roman Empire”, RES Antiquitatis, 1, 2019, p. 63-81.

[53] Ninette Boothroyd et Muriel Détrie, Le voyage en chine, Paris : Robert Laffont, 1992, p. 507.

[54] Mentionnons le prêtre Michel Benoist (1715-1774), astronome, mathématicien et hydraulicien, chargé de la conception des palais du style occidental (xiyanglou ; 西羊楼). Voir : Michel Benoist, « Travaux d’hydraulique au Palais d’été ». In : Ninette Boothroyd, Muriel Détrie, Le voyage en Chine, Paris : 1992, p. 235-243.

[55] Victor Hugo, « Au capitaine Butler, par Victor Hugo », sur Bibliothèque nationale de France, 25 novembre 1861. Le site est aujourd’hui un lieu de pèlerinage et le symbole du patriotisme chinois qui pourrait se résumer par : « Plus jamais ça « .

[56] Bernard BrizayLe Sac du Palais d’Été : Seconde guerre de l’opium, l’expédition anglo-française en Chine en 1860, Paris : Éditions du Rocher, 2003.

[57] C’est sans nul doute une phrase née de Jean Tulard pour son film « Les 55 jours de Pékin » sorti en 1963. Quoi qu’il en soit, l’Empereur français aurait prononcé une phrase, au sens assez proche, à propos de la conquête de Genghis Khan, que Las Cases cite dans ses mémoires : « La révolution opérée par les Huns, et dont on ignore la cause, parce que la trace s’en perd dans le désert, peut se renouveler. ». Dans Emmanuel Las Cases, Mémorial de Sainte Hélène, Tome 1, Paris : Ernest Bourdin, 1842. [En ligne : https://archive.org/details/bub_gb_ezwIeFYe2lMC/mode/2up (Consulté le 21/11/2020).

[58] Cité par Elisée Reclus, Nouvelle géographie universelle : La terre et les hommes, Vol.7, Paris : Librairie Hachette et Cie., p.18. 

[59] Idem. p. 17.

[60] Une révolution qui avait déjà commencé un siècle plus tôt, par une proto-industrialisation de ce pays, l’émergence de manufactures industrielles, d’un marché national… L’arrivée des Occidentaux n’a fait qu’accélérer la société des Tokugawa (Paul Akamatsu, Meiji 1868 : Revolution and counter-revolution in Japan, Londres : Routledge, 2011).

[61] Sur la première ligne lorsque la « Révolte des Boxers », pic maximal de tension avec les Occidentaux, le Baron d’Anthouard relate bien les rapports devenus belliqueux : Baron d’Anthouard, La Chine contre l’étranger. Les Boxeurs, Paris : Plon et Nourrit, 1902.

[62] Elisée Reclus. Op.cit. p. 18.

[63] Voir infra.p.11, note n° 41.

[64] Tamara Chin, « The Invention of the Silk Road, 1877”, Critical Inquiry, vol. 40, n°1, 2013, p. p. 196. Une voie qui prendra officiellement forme sous le nom de la « China Railway Express », entre Pékin et Duisbourg, en 2014. Thomas Münten, « Wie Duisburg von der neuen Seidenstraße profitiert », ZDF, 26/04/2019. [En ligne :]  https://www.zdf.de/nachrichten/heute/wie-duisburg-von-der-neuen-seidenstrasse-profitiert-100.html (Consulté le 15/10/20).

[65] Halford Mackinder, « The geographical pivot of history », The Geographical Journal, 1904, 23, pp. 421–37.

[66] Ferdinand von Richthofen, China. Ergebnisse eigener Reisen und darauf gegründeter Studien, vol. 1., Berlin: Dietrich Reimer, Vol.1., 1877, p. 3-273.

[67] Sven Hedin, Ferdinand Freiherr von Richthofen an Sven Hedin, Berlin: Reimer, 1933.

[68] On consultera en particulier: Sven Hedin, My Life ass an Explorer, Alfhid Huebsch (trad.), New York: Boni and Liveright, 1925 & The Wandering Lake, F.H. Lyon (trad.), Londres : Routledge & Sons, 1940.

[69] Peter Hopkirk, Foreign Devils on the Silk Road: The Search for the Lost Cities and Treasures of Chinese Central Asia, Londres, John Murray, 1980.

[70] René Dussaud, « Notice sur la vie et les travaux de M. Édouard Chavannes », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (CRAI), 1946, p. 635-64 ; J.P. Drège et M. Zinc, Paul Pelliot : De l’histoire à la légende, Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2013 ; Anne CHENG, « Hommage à Jacques Gernet (1921 – 2018) », La lettre du Collège de France [En ligne], 44 | 2017-2018, mis en ligne le 21 mai 2019, consulté le 03 février 2021. URL : http://journals.openedition.org/lettre-cdf/4627 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lettre-cdf.4627 (Consulté le 03/02/2021)

[71] Peter Frankopan. Op.cit. p. 25.

[72] Robert Mack. “Die Beteutung Des Schwarzen Meeres Für Den Welthandel“, Programm Des Gymnasiums Martino Catharineum Zu Braunschweig, s.n, 1874, p. 7.

[73] Johann Ernst Rudolf Kaeufferq, Geschichte von OstAsien: für Freunde der  eschichte der Menschheit dargestellt. Vol.1,. Lepzig: Brockhaus, 1859, p. 413, 719.

[74] Carl Ritter, Die Erdkunde im Verhältniss zur Natur und zur Geschichte des Menschen: oder Allgemeine, vergleichende Geographie, als sichere Grundlage des Studiums und Unterrichts in physikalischen und historischen Wissenschaften, vol.2, Berlin: Reimer, 1818, p. 548–49.

[75] Matthias Mertens, “Did Richthofen Really Coin “the Silk Road”?”, This Silk Road 17, 2019, p. 1-9.

[76] Carl Ritter, Die Erdkunde im Verhaltniss zur Natur und zur Geschichte des Menschen: oder Allgemeine vergleichende Geographie, als sichere Grundlage des Studiums und Unterrichts in physikalischen und historischen Wissenschaften. Die Erdkunde von Asien. Vol. 8, Berlin : Reimer, 1838, p.692.

[77] Richthofen,“The Ancient Silk-Traders’ Route across Central Asia,” Geographical Magazine 5 (Jan. 1878), p.13.

[78] Claude Ptolémée, Traité de géographie [livre 1 et fin du livre 7], trad. en français par Nicolas B. Halma, Bordeaux, repr. 1989 (1re éd. 1828).

[79] Ferdinand von Richthofen, Ueber die centralasiatischen Seidenstrassen bis zum 2. Jahrhundert n. Chr., Berlin: Druck von kerskes & Hohmann, 1877, p. 109-111.

[80] Ferdinand von Richthofen, China. Ergebnisse eigener Reisen und darauf gegründeter Studien, vol. 1., Berlin: Dietrich Reimer, Vol.1., 1877, p. 500.

[81] Maes Titianus, sans doute un marchand syrien, emprunta autour de 100 de notre ère la route contrôlée par les Parthes pour rejoindre la Bactriane (Afghanistan). Voir : Raoul McLaughin, The Roman Empire and the Silk routes, Barnsley: Pen & Sword History, 2016, p.187-191.

[82] L’ouvrage, perdu, n’est connu que par les nombreuses citations auxquelles Ptolémée fait référence dans sa propre géographie.

[83] Daniel Waugh, Richthofen’s “The Silk Roads”: Toward the Archeology of a Concept”, The Silk Road, vol.5, n°1, 2007, p.4.

[84] Ferdinand von Richthofen, Ueber die centralasiatischen Seidenstrassen bis zum 2. Jahrhundert n. Chr., Berlin: Druck von kerskes & Hohmann, 1877, p. 20. 

[85] Itinéraire que décrit Isidore de Charax (Ier s. av. J.-C. – Ier s. apr. J.-C.), géographe originaire de Characène. Pour une traduction intégrale des fragments de cet itinéraire décrit, consulter : M.L. Chaumont, « Études d’histoire parthe V. – La route royale des Parthes de Zeugma à Séleucie du Tigre d’après l’itinéraire d’Isidore de Chaarax », Syria, Tome 61, fasciule 1-2, 1984, p. 63-107. Le texte est disponible en ligne sous une traduction française de Marc Szwajcer [En ligne :] http://remacle.org/bloodwolf/erudits/charax/etapes.htm (Consulté le 14/11/20).

Joseph Reinaud, Mémoire sur le commencement et la fin du royaume de la Mésène et de la Kharacène et sur l’époque de la rédaction du périple de la mer Erythrée, Paris, Imprimerie impériale, 1861 ; Monika Schuol, Die Charakene. Ein mesopotamisches Königreich in hellenistisch-parthischer Zeit, Oriens et occidens, n°1, Stuttgart: F. Steiner, 2000.

[86] Alfred Foucher, avec la collaboration de E. Bazin-Foucher, La Vieille Route de l’Inde, de Bactres à Taxila (Mémoires de la Délégation Archéologique Française en Afghanistan, tome I). 2 vols., Paris : Editions d’Art et d’Histoire, 1947, p. 326. Le compte-rendu que René Grousset est un résumé très concis et précis de l’itinéraire ainsi révélé par Foucher entre l’Inde et la Bactriane : René Grousset, « La Vieille Route de l’Inde », Journal des savants, Juillet-Septembre 1950, p. 97-113.

[87] Citons simplement: Yu, Taishan. « A Study of the History of the Relationship Between the Western and Eastern Han, Wei, Jin, Northern and Southern Dynasties and the Western Regions », Sino Platonic Papers, n°173, 2006, p. 1166.

[88] René Favier, Les Européens et les Indes orientales : Au XVIIIe siècle ; aspects maritimes, commerciaux et coloniaux, Paris : Ophrys, 2000. Pierre-Yves Manguin, «La traversée de la Mer de Chine méridionale, des Détroits à Canton, jusqu’au 17e siècle (la question des Iles Paracels) », in Actes du XXIXe Congrès International des Orientalistes, Paris, Juillet 1973, Asie du Sud Est ContinentaleParis, 1976, vol.2, p.110 115.

[89] Friedrich Hirth, China and the Roman Orient, Chicago: ARES Publishers, 1885.

[90] Sven Hedin, The Silk Road: Ten Thousand Miles through Central Asia, New York:  I.B. Tauris, 2009, p. 223, 233-234.

[91] Tamara Chin, The Invention of the Silk Road, 1877, Critical Inquiry, Vol. 40, No. 1 (Autumn 2013), The University of Chicago Press, p. 217

[92] Nile Green, From the Silk Road to the Railroad (and Back): The Means and Meanings of the Iranian, Encounter with China, Iranian Studies, 2013, p. 1-28.

[93] Mohammed Iqbal, La reconstruction de la pensée religieuse en Islam. Préface de Souleymane Bachir Diagne (traduit de l’anglais, présenté et annoté par Abdennour Bidar), Paris, Gallimard, 2020

[94] Myriam Benraad, Irak, la revanche de l’histoire. De l’occupation étrangère à l’État islamique, Paris, Vendémiaire, 2015

[95]Nathalie Clayer and Erdal Kaynar (dir°), Penser, Agir et Vivre dans l’Empire Ottoman et en Turquie : Études Réunies pour François Georgeon, Paris-Louvain-Walpole, Peeters, 2013

[96] Zvi Ben-dor Benite, The Dao of Muhammad. A cultural history of muslims in late imperial China, Harvard, Harvard University Press, 2005 

[97] Kelly Anne Hammond, The conundrum of collaboration: Japanese involvement with muslims in north China, 1931-1945, Phd, Washington DC, 2015: [En ligne] https://repository.library.georgetown.edu/bitstream/handle/10822/761496/Hammond_georgetown_0076D_13060.pdf?sequence=1 (Consulté le 17/01/2021)

[98] Pierre François Souyri, Moderne sans être occidental, Paris, Gallimard, 2016

[99] Lorraine de Meaux, La Russie et la tentation de l’Orient, Paris, Fayard, 2010

[100] Tamara Chin, The Invention of the Silk Road, 1877, Critical Inquiry, Vol. 40, No. 1 (Autumn 2013), The University of Chicago Press, pp. 194-219: https://www.jstor.org/stable/10.1086/673232

[101] Mark Edward Lewis, The Early Chinese Empires. Qin and Han. History of imperial China (Vol. 1) Harvard, Harvard University Press, 2010

[102] Philippe Bruneau, « Editorial », Ramage, Vol.2., 1983, p. 2. Cette revue, crée par de Bruneau et Pierre-Yves Balut à la Sorbonne Paris IV, entend refonder la nature même de l’archéologie, prolongeant cette science aux périodes contemporaines et de sort ôtant les codes généralement acceptés qui la définit en tant que telle (fouille, antiquité…).  Cette approche résolument novatrice s’est étendue à d’autres raisonnements, poussant le chercheur à faire une « archéologie du disparu ». Autrement dit, une étude entière des rapports entre l’humain et l’objet (rapports majoritairement perdus car dépendant des aléas du temps). Pierre-Yves Balut, « Les disparus de l’archéologie », Ramage, 2012. [En ligne :] http://anthropologiedelart.org/ramage/?page_id=393 (Consulté le 13/10/20).

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