Lettre n°7 – Automne 2021

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L’actualité internationale de ce troisième trimestre 2021 a été particulièrement dense.

En juillet, le centenaire du Parti communiste chinois s’est tenu sur un ton spécialement agressif au milieu des derniers soubresauts de la pandémie. Pandémie d’origine chinoise qui flambait partout dans le monde où un vaccin n’avait pas été administré à suffisamment grande échelle.

En août, on a vu dans toutes ses (tristes) nuances une Amérique impotente, ridicule et humiliée. Celle-là même qui, à mi-septembre, obsédée (assez justement) par la menace chinoise, a franchement vassalisé l’Australie en faisant de mauvaises manières a de vieux alliés européens.

Septembre aussi, une Allemagne peu lisible recrute un futur chancelier(ière). Les résultats serrés vont probablement tenir en haleine cette chère Mutti encore quelques mois. Nos cousins Germains ont-ils pris la mesure de leur et de notre actuelle impasse stratégique ?

Vous avez dit dense ? Non, ce ne fut pas l’histoire en “paso doble“, glissante, élégante et suave. Ce fut un désordre haché, parfois honteux, souvent vulgaire, occasionnellement létal.

Le Président Xi l’a dit, les humiliations subies de la part des Occidentaux depuis presque deux siècles doivent être payées. C’est le tour du peuple Han. Ses souffrances passées, son génie millénaire et son efficacité institutionnelle actuelle doivent faire prévaloir ses intérêts et sa vision. II a le droit de façonner le monde contemporain à son image en suivant la pensée de son dirigeant et maître.

Pour accomplir sa mission suprême, la Chine ne tolérera ni les ennemis intérieurs qui sapent le régime : démocrates ou oligarques ; ni les ennemis extérieurs qui le menacent.  Ce devoir engendre des droits pour les 92 millions de communistes et les quelques familles qui composent son premier cercle ; il adoube cette élite méritocratique qui, par ses efforts, méritera le rôle noble d’exercer le pouvoir. Personne en dehors des bénéficiaires n’y croit, mais force est de constater que l’amélioration spectaculaire des conditions de vie des Chinois au cours des quarante dernières années incite la multitude à un prudent acquiescement aux thèses du leader.

Peu importe la couleur du chat pourvu qu’il attrape les souris ; le regretté Deng a bien plus d’émules que prévu.

Ce congrès est une page qui se tourne. La Chine, comme Sparte bien avant elle, est aux avant-postes. Portée et bénie par son idiosyncrasie et sa morale, la « cybercrature » est prête pour le combat. Dotée de toutes les meilleures raisons du monde elle s’engage résolument sur le chemin d’une nouvelle étape de conquête.

Si la guerre n’est jamais seulement raison et surtout passion, tous les ingrédients d’un conflit majeur sont en place. La Chine considère qu’elle sera dans son droit à Taïwan, en Mer de Chine méridionale, à Hong-Kong, au Tibet, à Ceylan, à Gwadar, à Podgorica, à Djibouti ou ailleurs. Alors ! Enfin, en obtenant à Vancouver l’élargissement de la directrice financière de Huawei contre des « otages » canadiens, le régime administre en cette fin septembre sa capacité à s’affranchir lui et les siens des règles internationales – en l’espèce discutables – par un comportement barbare. Ça marche !

Quelle étincelle fera sauter la poudrière ? Notre “Athènes” contemporaine qui a montré sa faiblesse extérieure en Afghanistan, à l’intérieur hier au Capitole, ou sur le Rio Grande aujourd’hui, a tout faux. Perdue sur le fond et aussi surtout dans les formes, l’Amérique est à la merci de tous les vents. Un grand navire de combat endommagé, une provocation nord-coréenne mal calibrée, un malentendu à Taipei ou encore beaucoup d’autres choses, peuvent déclencher une première frappe. Ce n’est pas parce que cela serait stupide et improductif que cela n’aura pas lieu. Les facteurs aggravants sont légion : fatigue de Biden, luttes de sérail à Pékin, bulle financière chinoise (Evergrande), médiocrité d’un Morisson ou naïveté néo-zélandaise.

Tout cela ne va pas dans la bonne direction. A nous de rester vigilants.

Pierre Brousse

La Vie du Fonds

Publications

Durant ce trimestre, le FDBDA a publié des analyses particulièrement sur la Chine, à l’occasion du 100e anniversaire du Parti communiste chinois. Le Fonds a également profité de l’été pour élargir le sujet de ses publications et faire redécouvrir des textes de la littérature française et des classiques grecs, ainsi que proposer de nombreuses lectures estivales sur l’Asie et la mer. Toutes les semaines sur les réseaux sociaux, le FDBDA a ainsi republié un article marquant écrit dans l’année.

  1. Chine-Egypte : un partenariat stratégique global ?
  2. L’Europe et l’Asie non-chinoise : historique du concept d’Indo-Pacifique
  3. Le centenaire du Parti communiste chinois : la puissance et le chaos
  4. Discover : 3 questions à Emmanuel Lincot
  5. Discours des Athéniens aux Lacédémoniens
  6. Délibération et décision des Lacédémoniens
  7. Lectures d’été sur l’Asie : 8 idées pour s’évader
  8. Recension – Et vous, comment vivrez-vous ?
  9. Clochemerle ou l’impossible désarmement
  10. Le Pakistan, cœur des rivalités stratégiques et bombe à retardement ?
  11. L’homme à la colombe : voyage au bout de l’ONU
  12. Recension – Mauvaise étoile
  13. Lectures d’été sur la mer : 8 idées pour s’instruire
  14. Discours sur la première décade de Tite-Live
  15. L’Asie et la mer au cœur des articles de l’été du FDBDA
  16. Le Projet de paix assez raisonnable de Vauban
  17. Montesquieu et la « malédiction des ressources »
  18. Regards sur l’histoire contemporaine
  19. De la Russie à la Chine : contenir la menace djihadiste
  20. La Bureaucratie et le Rapport
  21. Les positions chinoises en droit de la mer contestées lors d’un récent échange de notes verbales aux Nations Unies
  22. Waltz, la puissance et le retrait américain
  23. 2020-2021 : vingt ans de renforcement stratégique économique pour la Chine

Le FDBDA a soutenu également les récentes publications de Capit Muscas Editions. Créée en 2021, cette jeune maison d’édition est partenaire du FDBDA et partage des centres d’intérêt communs pour l’Asie et la mer. Capit Muscas Editions a pour vocation de contribuer à la connaissance du monde par la diffusion de cartes géographiques et d’ouvrages. Dans cette perspective, elle a publié deux nouveaux ouvrages en septembre 2021 :

 Vol au-dessus d’un nid de Covid est un journal tenu lors de la première année de la pandémie de la Covid-19. Evènement majeur de l’histoire de l’humanité, la crise de la Covid-19 est une occasion unique pour le monde d’ausculter les faits et d’en tirer des leçons. Dans cet ouvrage, l’auteur chemine au fil des évènements à la recherche d’angles et d’indices sur les futures conséquences sociales, économiques et politiques de la crise sanitaire. La grande peste a presque tué le servage en Europe, quels effets aura cette pandémie sur notre monde numérique menacé par la guerre ? Menant une analyse percutante des défaillances des Etats et de la société actuelle, l’auteur propose des solutions et des voies de sortie de crise qui intéresseront le lecteur en quête de réflexion

 

Disponible sur capitmuscas.com au format papier (10€) et numérique (6€).

 Puissance hors normes, la Chine a déjoué tous les pronostics occidentaux. Son développement économique ne s’est pas accompagné d’une démocratisation et son isolement diplomatique doit être relativisé. De plus en plus opposée à l’Occident qu’elle met au défi, elle trouve en revanche des relais importants dans les pays du sud qu’elle séduit depuis longtemps. Pour combien de temps encore ? L’Inde fait le choix d’un rapprochement avec Washington et ses alliés dans une stratégie d’endiguement, l’Indo-Pacifique, dont la viabilité n’en reste pas moins incertaine. L’état économique mondial, la crise environnementale ou le terrorisme montrent que la Chine reste davantage une force de proposition et beaucoup moins un partenaire fiable. Incontournable, elle n’engage pas moins notre avenir et ce vade-mecum accompagnera les décideurs et les opinions de toutes générations dans leurs propres réflexions.

Disponible sur capitmuscas.com au format papier (10€) et numérique (6€).

Projets

Les mécènes du FDBDA ont remis à l’Association Pilotine le voilier Margilic (grand-mère de Penduick II). Le mardi 29 juin dernier, le FDBDA a eu la joie de se réunir à Marseille avec l’ensemble des membres de l’association Pilotine, pour une cérémonie célébrant cette donation.

L’association Pilotine accueille des jeunes et des adultes en insertion, et organise des chantiers de mise en situation de production et aide à l’orientation professionnelle. Le  projet Pilotine est né en 2013, sur un chantier pédagogique de revalorisation d’espace en friche avec la rencontre des habitants d’un quartier prioritaire à Marseille : la cité des Cèdres.

Prix 2021

Après délibération, la commission des prix du FDBDA en relation avec ses partenaires l’Académie de marine et la Société des Explorateurs français, présente les lauréats définitifs qui seront récompensés pour cette année 2021. La cérémonie des prix aura lieu à Paris à la fin du mois de novembre.

  • Le Grand Prix sera décerné à Anne Cheng.

Docteur en études chinoises, Anne Cheng est professeure au Collège de France et titulaire de la chaire Histoire intellectuelle de la Chine. Chevalier de la Légion d’honneur, elle est officier de l’Ordre national du mérite. Auteur de nombreux livres et détenant des responsabilités éditoriales variées, elle a dirigé l’ouvrage Penser en Chine, paru en 2021. 

  • Le prix en partenariat avec l’Académie de marine récompensera le laboratoire EM3B de l’Ifremer.

L’Ifremer est reconnu dans le monde entier comme l’un des tout premiers instituts en sciences et technologies marines. Au sein de ce centre de recherche, le laboratoire Ecosystèmes microbiens et molécules marines pour les biotechnologies (EM3B) est particulièrement novateur. Il focalise ses travaux sur les bactéries marines et contribue à leur valorisation dans divers domaines d’application (santé, chimie, nutrition humaine et environnement).

  • Le prix en partenariat avec la Société des Explorateurs français sera remis à Jean-Pierre Perrin.  

Grand reporter au quotidien Libération, Jean-Pierre Perrin est spécialiste du Proche-Orient, du Moyen-Orient et de l’Afghanistan. En 2017, il a obtenu le prix Joseph Kessel pour son récit Le djihad contre le rêve d’Alexandre (Seuil), dans lequel il expose la situation faisant écho à ce qu’on connaissons aujourd’hui de l’Afghanistan.

Petit-déjeuner débat

Le FDBDA organise le jeudi 30 septembre au Yacht Club de France son premier petit-déjeuner débat autour de l’ouvrage commun d’Emmanuel Lincot et Emmanuel Véron « La Chine face au monde : une puissance résistible », paru aux éditions Capit Muscas.

Actualités sur notre mécène Rocamat

Dans le cadre du projet innovant « Air des Carrières », conduit avec le soutien de la Mairie du 13e arrondissement de Paris, pour la mise à disposition dans l’espace public d’un banc naturellement rafraîchissant, Rocamat a fourni la pierre. Fonctionnant grâce à un système de ventilation qui se déclenche au-delà de 25°, le banc diffuse l’air capté dans les carrières du bassin parisien, participant au rafraîchissement du public en période estivale.

Plus d’informations sur : https://www.youtube.com/watch?v=LBQRISLzU0Q

Pierre Brousse, Emmanuel Véron & Claire Giry.

Le 1er octobre 2021

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