Le lest des dernières colonies britanniques et le Brexit

Pierre Brousse

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L’Ulster peuplé en majorité de ces orangistes plus farouchement antipapistes qu’anti-anglicans ont vu, aux dernières élections au parlement de Westminster, que leur majorité unioniste s’était déplumée au point de faire jeu comparable avec les catholiques. Du jamais vu depuis cent ans. Cela malgré le dessin, il y a un siècle, d’un périmètre ad hoc garantissant – à la démographie près – aux protestants une domination ad aeternam sur les catholiques.

Malgré un quart de siècle de paix, une guerre coloniale des plus sordides peut se rallumer en un instant et plonger à nouveau Irlande et Royaume Uni dans le chaos du terrorisme.

Peu de responsables politiques britanniques traitent le sujet avec la prudence requise par la proximité du gouffre.

  • Que valent quelques droits de douane, quelques lois contre la mort d’enfants innocents ?
  • Que valent des droits de pêche contre une loi martiale faite pour protéger une minorité fanatiquement attachée à sa religion et ses valeurs orangistes ?
  • La poursuite d’un rêve Victorien se balance-t-elle avec le terrorisme et le malheur ?

 Le trait volontairement appuyé et pessimiste ne masque pas le manque de moyens à la disposition des anglais pour conserver cette vieille pièce coloniale dans le giron du Royaume Uni plus de quelques années.

Le rôle de la République d’Irlande et par là de l’Union Européenne sera le facteur décisif de la séparation.

Gibraltar frêle colonie depuis 1713, 30000 habitants britanniques ; 6,8km2 enclavés en Espagne -six ans après le rattachement de l’Ecosse à l’Angleterre- paraît lui aussi devoir profondément évoluer.

Une économie fondée sur le jeu et la finance off shore ; nourrie par les trafics en tous genres; pourra difficilement survivre quand sa mère patrie quittera le giron européen.

Son modèle économique, considéré jusqu’à aujourd’hui comme une anomalie vénielle, passera bientôt d’acceptable à intolérable. Ce, particulièrement, si on prend en compte l’ avantage légal et stratégique de Madrid.

Il va de soi que Bruxelles appuie et appuiera Madrid.

On doit attendre que l’Espagne gagne rapidement une certaine souveraineté sur la presqu’ile. C’est une simple question de volonté politique.

A Chypre, l’UE peut-elle accepter longtemps d’abriter sur son territoire, hors de sa souveraineté, deux très grandes bases militaires d’un Etat tiers ?

La réponse est évidemment : non.

En fonction de la bonne volonté de Bruxelles, et compte tenu de la présence turque illégale dans le nord de l’ile, ce point viendra un jour sur la table ; on voit mal Londres conserver longtemps une pleine souveraineté sur ces bases.

Au delà de ces sujets bilatéraux dans lesquels on peine à voir les atouts du Royaume Uni, ce dernier est engagé dans des processus du même genre pour lesquels, sans en être directement partie, l’attitude de l’Union européenne compte et comptera Il en va ainsi sur le vieux sujet des Iles Malouines.

La solidarité des européens vis à vis de la Grande Bretagne lors de la guerre de 83 a été due au fait que les argentins s’attaquaient au territoire d’un pays membre de l’UE ; de surcroit allié historique et sacré.

Or, aujourd’hui, au moment où les britanniques ne sont plus politiquement européens, pourquoi Bruxelles et son chef de la diplomatie n’écouteraient-ils pas favorablement et amicalement les cousins argentins qui se déclarent européens de souche et même plus proches de Bruxelles que de Washington.

Buenos Aires réclame encore sa souveraineté sur l’archipel.

Désormais privé du soutien européen, Londres devra un jour prochain céder aux argentins qui recherchent adroitement un retour négocié fondé sur l’argument de l’illégitimité du vote colon.

Cet argument difficile à manipuler hier devient possible aujourd’hui, post Brexit.

Une négociation entre l’Argentine et le Royaume Uni s’engagera de nouveau.

Il n’est pas sûr que Londres, qui recherche des accords avec le monde entier, soit capable de bousculer l’Argentine et les pays latino-américains -en général très solidaires-. Les Européens, qui seront un jour indirectement invités dans la querelle, détiendront un bon atout.

Aux Chagos, L’ONU fronce les sourcils et prie le Royaume Uni et indirectement aussi les USA de bien vouloir appliquer les décisions de la Cour de justice internationale. *

Pour les Européens soutenir Londres n’est plus possible, ni les enjeux, ni « global Britain » n’en valent la peine.

Le Royaume Uni est là encore très isolé, il devra tôt ou tard lâcher prise.

Les négociations du Brexit sur la relation future avec l’UE vont probablement tourner court. Un accord type canadien, seul schéma sur la table, est techniquement impossible à atteindre dans les délais que Londres a fixés. Par conséquent c’est un non-accord -dit Australien- qui prévaudra. L’Irlande, Gibraltar et Chypre  apporteront du venin aux discussions, les Chagos sont perdues, le tour des Malouines viendra dès que l’Argentine aura repris des couleurs.

Prions pour que nos négociateurs Européens fassent preuve, sur ces sujets et tous les autres du même type, de la pugnacité qui seule défendra les intérêts de notre Union.

Pour la gentry britannique, profondément favorable au Brexit, l’important n’est probablement pas là si les Iles Vierges britanniques, Moustique et Anguilla ne sont pas affectés.

Tant que les vacanciers britanniques continueront à jouir d’hivers ensoleillés, ces sujets, même  celui de l’Ulster, resteront négligeables.

On pense aux  nombreux jeunes britanniques qui moururent pour l’Ulster, Les Malouines, Gibraltar ou Chypre. Ces confettis étant devenus sans valeur géostratégique, le Brexit a rendu leur sacrifice doublement inutile.

Pierre Brousse

Paris, le 3 mars 2020

*  Restitution de l’archipel à l’Ile Maurice et indemnisation des personnes déplacées

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