Recension – La Grande illusion

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Par Pierre Brousse

Michel Barnier, La grande illusion. Journal secret du Brexit (2016-2020), Gallimard, 2021.

Le livre de Michel Barnier se lit d’un trait, facilement. Ce journal du Brexit est passionnant.

Le titre m’a instantanément évoqué les imaginaires et aristocratiques conversations entre Pierre Fresnay et Eric von Stroeim au château du Haut Koenigsbourg transformé en camp de prisonnier par la magie du cinéma.

Le récit chronologique borne la première partie de l’Histoire de notre jeune Union Européenne.

Après la construction on commence à déconstruire.

Vu du côté britannique, le Brexit s’inscrit dans la longue ligne des traités de Paris, d’Amiens, de la conférence de Berlin, des deux guerres mondiales et de la crise de Suez. Il est un évènement politique interne au Royaume Uni et sa négociation aura presqu’exclusivement lieu au sein des Communes entre les différentes visions de la souveraineté du Royaume.

En Europe au contraire les vingt-sept se révèleront très solidaires, un seul véniel «couac » imputable à la présidente de la Commission sera à regretter.

La parfaite « martingale » politico-diplomatique des britanniques face aux continentaux, utilisée avec succès depuis plus de trois cents ans n’a, pour la première fois, pas fonctionné ; l’Union a tenu.

Michel Barnier explique bien, de façon vivante, combien ces deux visions placées sur des terrains différents ont rendu cauchemardesque une négociation « perdant-perdant ».

La galerie de portraits que le lecteur parcourt est souvent savoureuse ; le savoyard cultive naturellement l’ « understatement » britannique.

Si on y parle peu des tabloïds, on perçoit la perte de repère des populistes anglais, surtout dans les Midlands et les zones côtières. On remarque comme sur le continent l’effacement de la gauche des débats et la faiblesse de l’offre politique ; c’est le phénomène moderne de la désertion, quand ce n’est pas la trahison, des élites.

Ce journal va bien au-delà de son récit, l’« honnête homme » du vingt et unième siècle doit le lire absolument.

 Pierre Brousse

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