ÉLECTIONS ET TEMPS LONG

Pierre Brousse

France le 22 mars, Italie le 23, Danemark le 25, Slovénie et Hongrie bientôt.

Tous ces pays se déclarent pleinement démocratiques. 

Pas tout à fait vrai.

Tous ont des peuples vieillissants.

Épouvantablement vrai.

La France sanctionne sa gauche et son extrême gauche, garde un peu « honteuses » ses extrêmes droites, et patauge dans les « marais » à gauche ou à droite.

Triste et nul.

L’Italie d’extrême droite propose par référendum une réforme du pouvoir judiciaire digne de Montesquieu.

Tac, on vote contre la Meloni ; dommage pour la Justice !

La gauche se croit majoritaire, les mânes de Bettino Craxi et de Gianni De Michelis en sont émoustillés.

Le Danemark socialiste, agressé par les USA au nord, par la Russie sur son territoire, a fait son aggiornamento. Il a renoncé à un « arrogant » pacifisme, a mis en place une politique sélective d’accueil de l’immigration mais n’a pas su aborder les vraies questions du futur : sa place en Europe et dans l’hémisphère Nord. Il eût fallu que les Danois, en dépit de gouvernantes valeureuses, ne se laissent pas glisser vers des sous-produits : pouvoir d’achat, politiques de la pêche ou de l’agriculture, etc.

En Hongrie comme en Slovénie, l’alternative est la même, trahir ou ne pas trahir. Certains gardent d’excellents souvenirs du monde communiste, ses invasions, ses exactions, ses spoliations, ses « camps de travail ».

Du vécu dans les familles !
Mais, pour autant, sur fond de bonne xénophobie, on en reprendrait bien une tournée.

En se souvenant que Koenigsberg, ville de la Raison, demeure un trophée militaire russe depuis plus de quatre-vingts ans, on peut rêver que la raison gagnera au sud en Hongrie et en Slovénie.

Alors, presque tous les électeurs sont de plus en plus froussards, de plus en plus urbains, de plus en plus malades, de moins en moins productifs et, au nom de leurs désastreuses réalisations passées, de plus en plus sûrs d’eux-mêmes.

La chose publique est loin ; mais plus on est vieux, plus on vote massivement, bien plus que la jeunesse, minoritaire, souvent happée par l’abstention.

Alors le gagnant est : l’ÂGE !

Il est frappant, particulièrement au cours de la campagne danoise, de ne mettre sur la table que de mauvais symptômes. En vue : ni causes ni diagnostics.

L’impasse clefs des sociétés occidentales est ignorée : la démographie.

Aussi, ses corollaires : immigration et relations internationales ne sont pas étudiées comme des phénomènes accessibles à la raison politique.

Marcel Gauchet nous explique depuis longtemps que les phénomènes à l’œuvre dans nos sociétés, et plus particulièrement celles de l’Occident démocratique, sont connus, explicables et expliqués depuis plus d’une génération. L’aveuglement volontaire des élites est donc le coupable.

En effet, qui ne comprend que plus la société est vieille, plus elle est malade ? Plus elle est vieille, plus elle est conservatrice. Moins elle est féconde, moins elle est rurale, etc.

Il est donc aveuglant que les périmètres considérés ont besoin de travail, donc de « l’importer » et de le faire payer par leurs enfants actifs.

Ce que les électeurs demandent sans vergogne à la collectivité, peu oseraient en faire une telle demande directement à leurs propres enfants.

Les limites de la solidarité et des équilibres internes aux nations sont régies par le comportement des générations précédentes.

Alors pourquoi les laisser décider elles-mêmes des conséquences politiques de leurs choix passés ?

On touche là aux limites de l’exercice démocratique.

Avec Hayek ou Orwell, il nous faut instruire le procès de l’État-providence qui, sous la pression de mécanismes socio-économiques implacables, transforme l’État démocratique en dictature broyeuse d’énergies et de raison.

Nos États, déjà apoplectiques, sont de plus minés par un déclassement spectaculaire des agents publics, enfermés dans un corporatisme qui efface les responsabilités individuelles et institutionnelles.

Ces verrous corporatistes seront les premiers à faire sauter, avant d’engager une vraie réforme de l’État occidental.

PIERRE BROUSSE
31 MARS 2026

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