VERS LA CHUTE DE CHEVAL

Pierre Brousse

A l’orée de l’année 2026, au tout prochain Têt, c’est le noble cheval que l’on célèbrera.

En cow-boy sénile, notre vieil allié américain, lui, renverse la table le 2 Janvier. Non seulement dans son pré carré, les Amériques, mais en s’en prenant aussi à l’Europe, terre de ses fondateurs et fidèle alliée.

L’Europe, grand compétiteur économique, est par conséquent une proie de choix, désarmée et peut être disposée à mettre tout de suite le genou en terre. Donc, c’est aussi une bonne monnaie d’échange pour un bon deal avec la Chine, la Russie ou l’Inde.

Face à la théorie il y a la pratique. La « beauté » de toute stratégie impérialiste est qu’elle peut se rompre sur une multitude de facteurs cassants, irrationnels et imprévisibles, cousus dans les doublures de l’Histoire.

Pour mettre un peu de lumière, sans prétendre à une quelconque exhaustivité, à l’aube de 2026, voici une revue non exhaustive de « jolis points de vue » de la géopolitique.

La Chine

Après cent cinquante ans obscurs, parfois même extrêmement obscurs, honteux et douloureux, elle boucle un demi-siècle de progrès spectaculaires et ininterrompus dans la richesse et la puissance. Après avoir redéveloppé depuis les années soixante-dix un exceptionnel talent de « retournement », elle a retrouvé superbe et arrogance.

On peut dire aujourd’hui, à l’heure d’un net tassement démographique, que la Chine profite plus des erreurs de ses compétiteurs que de son indiscutable élan. Tracer une parallèle avec les succès (sans la déconfiture) de la dynastie Qing serait un peu osé mais pas dépourvu de sens. En commun, le coût de l’expansion territoriale – aujourd’hui tous azimuts, coûteuse en dépenses militaires improductives -, l’« hésitation » dans la recherche de la compétitivité économique, une administration profondément corrompue, le système « impérial » qui étouffe, régule, contrôle, surveille, sanctionne, déporte.

Les contradictions, les maladresses, les provocations et la vulgarité de l’adversaire américain sont de précieux alliés pour le président Xi flanqué d’une camarilla prête à faire preuve d’un aventurisme militaire inutile.

Néanmoins, les leçons de Sun Tzu sont apprises : la meilleure des victoires est celle que l’on gagne sans combat. Pour combien de temps ?

L’Amérique MAGA ! 

Oui celle-là qui déjeune, dîne et danse à Mar-a-Lago pour ne pas fatiguer le presque octogénaire Président. Les cliquetis du sérail de Washington sont loin, les épigones vont et viennent, Rubio sue l’angoisse, Hegseth promène un rictus silencieux, J.D. Vance s’y croit déjà. Mauvais sondages, les caciques républicains s’inquiètent. Les équations sont pourtant simples, les taxes douanières créent toujours de l’inflation, les monopoles « amis » ajoutent à l’inflation, minent la compétitivité et gonflent les bulles boursières. Thiel, Musk, Bezos, Ellison, Zuckerberg, Kushner, Witkoff… vont s’enrichir ; et cela se voit beaucoup, trop.

L’Amérique MAGA va s’appauvrir.

Celle-là qui importe des cueilleurs, des livreurs, des « visseurs » d’Amérique latine et d’ailleurs pour les faire brutaliser par l’ICE*.

Celle-là qui compte plus d’un tiers d’obèses et qui néanmoins veut plus de bœufs aux hormones et de poulets podagres géants.

Celle-là qui bien que scandalisée par les partouzes pédophiles d’Epstein continue à écouter et financer des pasteurs vénaux qui lui désignent Le prophète.

L’autre Amérique, celle qui s’inquiète du déchiquetage de sa démocratie, de la transformation de ses alliances historiques et naturelles en rapport de force de type « colonial » et de la disparition du « bien public » fédéral, par lassitude et paresse laisse faire le vice et la corruption en ajoutant parfois une couche de wokisme qui derechef la transforme en imbécile utile.

Là-bas, à l’intérieur, de l’Atlantique au Pacifique rien n’est rationnel, le désordre est installé.

Plus loin dans la dimension planétaire, l’Amérique première puissance est chaque jour plus imprévisible et incompréhensible dans ses postures comme dans ses actes. La clef est devenue le rudimentaire et immédiat « give and take » des affairistes douteux.

Pays frontaliers, Amériques, Afrique, Moyen-Orient, Asie Centrale, Asie de l’Est, tous en gros et au détail, dans l’instant, à des degrés divers et imprévisibles, sont condamnés à l’opprobre, la louange ou au bombardement.

Alors pour les vrais démocrates du monde, ceux qui ne sont pas encore submergés par leurs propres populistes, la vie est dure. D’autant plus que clarté et courage font défaut aux élites politiques.

Quel futur pour le Bolivarisme ?

Au Venezuela la malédiction de la richesse pétrolière aura mis plus d’un quart de siècle à faire son œuvre. Le pays, aussi riche en pétrole que l’Arabie saoudite, se sera vidé d’un tiers de sa population du fait d’une dictature infecte et désastreuse.

Le rapt des Maduro, s’il ne fera pleurer que les « Boliburgués » profiteurs de la dictature assassine et voleuse installée à Caracas, aura des conséquences profondes sur l’Amérique latine d’abord et dans le reste du monde pour longtemps. Quelle que soit la gouvernance qui va s’installer demain, les régimes cubain, nicaraguayen et colombien sont devenus des cibles faciles, surtout au moment où les pays du « cône sud » ne savent pas faire autrement que d’acquiescer voire d’approuver l’agression Américaine sur le Venezuela.

Plus loin, on se demande si cela ne serait pas un cadeau fait à la Chine pour Taïwan et si l’opération « spéciale » en Ukraine menée par Moscou ne serait pas de la même famille ?

De plus, on peut être sûr que la confusion s’installera au moment où les idéologues de tout poil joueront leur partition. Volens nolens, tous les imbéciles seront utilisés.

L’Argentine se débrouille « Carajo » !

Dans la même veine que ci-dessus, la question qui se pose à l’Argentine est de savoir si le soutien des États-Unis lui est indispensable pour se libérer du populisme péroniste. Être inconditionnel de Washington peut mettre l’Argentine au ban du Continent et perturber la nécessaire purge qu’il mène sur son économie. Il est certain que sans appui américain le redressement économique et financier du pays sera impossible. Mais un alignement caricatural sur un Trump malade, qui ne peut que s’affaiblir, pourra hypothéquer la politique originale du président Milei en ce qu’elle vise à contenir les dérives des « États providence ».

Malgré tout, sans tenir compte du « choc de Caracas », l’opinion publique argentine ne « lâche » pas son Président bien élu.

Pour combien de temps ?

La République islamique s’effrite.

On prend peu de risques à souhaiter une bonne année aux Iraniens. La kleptocratie des ayatollahs et de leurs milices se voit et est vomie. Le bazar qui fit le « calcul » de se débarrasser du Shah-in-shah, aussi imprésentable que ses successeurs, aura mis du temps à comprendre que les religions révélées mènent à la théocratie. Ce simple mécanisme prend un tour particulier avec la religion de guerre qu’est l’Islam schismatique.

Le régime tombera sur lui-même et de lui-même comme l’URSS.  Souhaitons que cela ait lieu cette année.

La corne d’Afrique s’anime.

Ah Hargeisa ! Cette capitale d’une ex-colonie britannique s’est animée en fin d’année dernière.

Même si les termes de la transaction sont probablement très poisseux, la première reconnaissance officielle de son existence, par Israël, a perturbé les chancelleries, particulièrement celles du monde arabe.

Les éleveurs du Somaliland n’élèvent pas de chevaux mais tout bétail qui peut s’adapter à leur géographie variée, mer chaude et moyenne montagne. À force de travail et grâce à un soin – inédit dans la région – pour les services publics, le pays est bien organisé. Son système politique présidentiel bicaméral fonctionne et malgré une devise qui affirme le caractère prophétique de Mahomet, la tolérance est la règle dans la société.

Proie des Turcs, des Égyptiens, des Anglais, des Italiens et des autres Somalis depuis un siècle et demi, Hargeisa peut espérer savourer un air de légitimité et, pourquoi pas, de liberté.

Bonne année 2026 au Somaliland !

La France et l’Europe s’enfoncent, marre des bons élèves !

Un vieux routier de la politique recyclé au Parlement européen disait l’autre jour que l’échec du continent était le fruit de l’incompréhension du monde dont chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates ont fait preuve depuis l’après-guerre ; c’est vrai.

De plus, en France, durant cette période, les extrémismes ont tenu le haut du pavé. Cette « rue de la trahison », du congrès de Tours à la Révolution Nationale de Vichy, a hystérisé les affrontements idéologiques.

Le rêve républicain d’être bien gouverné, par des « bons élèves » technocrates censés « savoir », s’est fracassé sur l’arrogance, le carriérisme, l’esprit de corps et l’entre-soi. L’effondrement de la société industrielle et l’endogamie des élites a vidé le secteur public de ses talents et le pays des plus « entrepreneurs », affaiblissant une technostructure d’État contrainte de s’offrir aux « moins-disants ».

Offrons-nous un instant sans filtre pour parcourir la galerie des derniers Présidents de la République Française.

VGE a incarné le grand bourgeois déguisé en faux aristocrate, premier de classe, super intelligent, super compétent, mais qui n’a pas compris qu’il était le survivant d’un monde en train de disparaître.

Mitterrand en pitoyable prestidigitateur n’a jamais voulu affronter les transformations sociales dont il était témoin ; il a pendant quatorze ans fait sans interruption ce qu’il savait et aimait faire : tricher.

Chirac, lui, savait tout : il avait durement appris de ses deux prédécesseurs. Alors simplement pour durer il joua finement, sans colonne vertébrale, ni honte, à « après moi le déluge ».

Après trente-trois ans de folies, nullités et pleutreries, Hollande s’est facilement glissé dans le moule, appliquant la méthode de son mentor Mitterrand : se mettre à l’abri, naviguer à vue, ne croire en rien ni personne. Aujourd’hui la plasticité retorse de son âme lui fait espérer un retour à l’Elysée !

Sarkozy, seul « faiseur-parvenu » du paquet, s’est astucieusement laissé « formater » par ses communicants. Hélas pour lui et le pays, il était dénué des ressources lui permettant de comprendre la France et le Monde. Ces ignorances l’ont mis dans les mains d’épigones douteux, voire de voyous qui l’ont fait passer rapidement et nettement du côté obscur. Sic transit.

Enfin le profil parfait, jeune, beau, séduisant, expérimenté, intelligent cultivé, plastique : Macron. Il a tout compris, sauf le peuple qui le trouve arrogant, méprisant et… désastreux. Il a mis le pays en faillite pour de bonnes raisons ; mais n’a pas voulu affronter ce que représente la voie du redressement, c’est-à-dire la remise en question de l’État-providence dans un pays en chute démographique. Sévèrement haï, il représente un lourd passif pour le pays. Ce « bon élève » comme ses prédécesseurs n’a ni su, ni pu, ni voulu régler les problèmes du pays.

Dans l’opinion publique, ces expériences de l’Histoire ont déconsidéré l’intelligence et la compétence comme outils de gouvernement. Désormais il n’est plus possible de disqualifier femme ou homme politique du fait de son incurie, son inexpérience ou sa nullité !

C’est pain béni pour les populistes de tout poil et plume.

Si l’Internationale populiste n’a pas fini de détruire le monde, elle instrumentalise déjà les nôtres : Le Pen, Bardella, Mélenchon, Bompard, Coquerel, Chikirou, Tondelier, Jadot, etc. Tous ces écornifleurs nous menacent, leur médiocrité est leur arme de séduction et de conviction. Seuls, lucidité acide, esprit de décision et courage politique sauront nous en débarrasser.

Alors, en avance sur le Têt, nous souhaitons une bonne année du Cheval, symbole de l’élégance, du courage et de l’effort.

Pierre Brousse 

2 JANVIER 2026

* ICE : Immigration and Customs Enforcement

Le vieux cheval, à l’orée de la plaine,
S’immobilise, se figeant en statue.
Lui qui enchaînait galop sur galop
N’est plus que muette attente du grand saut.

François Cheng

Recueil : Enfin le royaume – Quatrains
Editions : Poésie / Gallimard

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