D’un ministre l’autre, nous sommes ce soir dans le registre de l’exceptionnalité.
Monsieur Simon, président du Yachting Club, permettez- moi de vous exprimer, au nom des administrateurs du fonds de dotation Brousse, notre profonde gratitude d’avoir accepté de remettre le prix « Pour la Mer » à madame Chabaud, ministre de la mer et de la pêche.
Ma courte intervention revêt pour moi, vous m’en excuserez, une résonnance particulière. Ancien officier de la Marine, préfet, ayant longuement servi dans nos outre-mer, dans cette « Grande France », je suis honoré de rendre un court hommage à notre ministre.
Comment évoquer Mme Chabaud ! nous sommes bien encore dans l’exceptionnalité.
C’est une femme d’un engagement exceptionnel, quel qu’en soit le prix. Un engagement total pour la navigation, pour la mer, pour ses défis, et également pour son engagement total au service de la protection de l’environnement.
Exceptionnel, c’est bien le mot pour qualifier son engagement, qui se fait « Entre deux mondes », c’était le titre de son ouvrage (paru en 2000). Je dirais mieux entre plusieurs mondes : la mer, la protection de l’océan, même celle de la montagne, le journalisme bien sûr, on pense à Thalassa, l’écriture (plusieurs essais), l’engagement pour l’environnement, la politique, l’Europe.
A mes yeux, elle personnifie grandement le vers d’Alfred de Vigny :
« La vie est double dans les flammes[1] ».
Mais la mer est et reste son fil conducteur, aujourd’hui encore dans une autre temporalité.
Exceptionnalité, car nous rendons hommage à la navigatrice hors pair qui a effectué deux tours du monde à la voile en solitaire, sans escale. Record jamais battu !
Elle a décrit magnifiquement dans ses ouvrages sa lutte contre les éléments. Je cite à titre d’exemple:
« Au cœur de la tempête, vous éprouvez la violence que votre relation avec la mer peut revêtir, avec un spectacle de l’océan déchainé à la fois redoutable et magnifique. Vous vous sentez alors une spectatrice privilégiée qui mesure son impuissance face aux éléments, Vous comparez votre expérience de marin à celle du vulcanologue prêt à risquer sa peau pour flirter avec les flammes de la terre. L’expérience que vous quêtez en mer suppose le don et le risque de la beauté extrême. (…) Votre bonheur en mer se résume en un mot : l’harmonie. »
Exceptionnalité aussi dans ses engagements pour l’environnement.
Elle l’a bien expliqué naguère : « Les déchets, que j’ai croisés en mer, sont à l’origine de mon engagement »
Et elle a fait feu de tout bois, ou plutôt, de tribord et de bâbord, dans cette cause : comme écrivaine, comme actrice de la plateforme Océan et Climat[,avec son Tour de France des solutions pour le climat, comme cofondatrice de la Fondation de la me, destinée à « promouvoir la dimension maritime de la France. », comme conseillèreau CESE , comme déléguée à la mer et au littoral, comme pilote de la Conférence sur la gouvernance de la Haute mer. Et elle fait partie des personnalités qui ont fait reconnaître l’océan comme un bien commun de l’humanité.
Exceptionnalité aussi dans le domaine politique, et toujours dans les domaines de la mer et de l’environnement.
Hier, auprès de Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Écologie, qui l’avait chargée d’une mission sur l’inscription de la plaisance dans une démarche de développement durable.
Au Parlement européen ensuite, avec un rapport remarqué sur les effets des déchets marins sur la pêche.
Depuis peu, elle prend le gouvernail du ministère de la mer, et pour parler en bon français, où elle est the right woman in the right place.
Je ne sais pas si Madame Chabaud trouvera dans sa vie ministérielle l’harmonie qu’elle chérissait en mer. Il y a aussi à Paris, hélas, des quarantièmes, des cinquantièmes hurlements rugissants.
En tout cas, notre fondation, attachée à la cause maritime, lui souhaite le meilleur.
[1] « La Maison du berger ».