Le Grand Prix de cette année est décerné à un homme d’État d’exception, M. Claude Malhuret, un homme qui nous apporte une plume acérée, une liberté de ton remarquable et un courage politique que l’on entend résonner bien au-delà des travées du Sénat.
Claude Malhuret est une figure singulière du paysage politique français, dont la carrière allie l’engagement humanitaire à l’exercice du pouvoir parlementaire et local. Médecin de formation et ancien président de Médecins Sans Frontières (MSF) dans les années 1980, il a rapidement orienté son parcours vers la politique, devenant notamment Secrétaire d’État aux Droits de l’Homme (1986-1988) et maire de Vichy pendant près de 30 ans.
Sénateur de l’Allier depuis 2014, il s’est distingué au cours de l’année 2025 par des interventions remarquées au Sénat, se muant en une voix influente et incisive sur la scène internationale, notamment pour ses critiques fermes contre les dérives autoritaires et l’administration Trump. Connu pour son sens de la formule et son éloquence, Claude Malhuret est devenu une figure médiatique incontournable, capable de faire résonner ses discours bien au-delà des frontières françaises.
Éloge de Monsieur Claude Malhuret par l’Amiral Benoït Montanié
Monsieur le sénateur, permettez moi de vous exprimer notre profonde gratitude pour avoir incarné, en ces temps de médiocrité ambiante, ce que Quintillien appelait le « vir bonus dicendi peritus », « l’homme de bien sachant parler ».
Vous avez compris ce que Tocqueville écrivait à savoir que la démocratie meurt étouffée et non décapitée et vous voulez éviter cet étouffement pernicieux. Vos discours au Sénat resteront comme des moments d’anthologie politique. Vous avez démontré que la vérité, même dérangeante, demeure l’arme la plus redoutable face aux compromissions d’aujourd’hui. Quand vous avez déclaré que « Washington est devenu la cour de Néron », vous avez offert à la France et au monde une leçon magistrale de courage intellectuel. Vous avez l’art de nommer l’innommable.
Platon enseignait dans « La République » que seuls les philosophes-rois osent regarder la vérité en face. Vous en êtes l’illustration parfaite. Votre capacité à convoquer l’histoire pour éclairer le présent révèle un esprit libre des contingences partisanes. Quand vous rappelez qu’« il n’a fallu qu’un mois, trois semaines et deux jours pour mettre à bas la République de Weimar et sa constitution », vous nous offrez bien plus qu’une leçon d’histoire, vous nous donnez les clefs de compréhension d’un présent inquiétant.
Votre franchise brutale tranche avec l’euphorisation générale qui caractérise notre époque. Là où d’autres parlent de tensions géopolitiques vous osez dire « dans le bureau ovale, le planqué du service militaire donne des leçons de morale au héros de guerre ». Cette capacité à appeler un lâche un lâche, un héros un héros, voici ce qui vous distingue dans un monde politique où les mots perdent de plus en plus leur sens.
Vous incarnez cette tradition oratoire qui refuse de courber l’échine devant les puissants. Votre observation selon laquelle la Constitution américaine a été piétinée résonne comme un avertissement solennel à tous ceux qui croient encore que la démocratie est un acquis définitif. L’érudition au service de la liberté : voici bien votre signature politique. Quand on dit de vous que « vous citez Platon pour mieux dégommer vos opposants » on souligne en fait cette rare alchimie entre culture classique et efficacité politique qui fait de vos interventions des moments d’exceptions dans la médiocrité de nos débats politiques quand ils ne virent pas au lamentable.
L’ironie est pour vous une autre arme politique. Plutôt que d’insulter directement, ce qui hélas devient courant, vous appelez à témoigner Caligula et son cheval consul, créant une distance qui rend la charge plus percutante encore. Cet humour grinçant vous aide à révéler les absurdités du monde politique. Votre observation sur le fameux cheval qui a été nommé consul mais, je vous cite « qui au moins ne faisait de mal à personne » témoigne d’une ironie sophistiquée qui fait mouche par sa simplicité apparente. Cette combinaison unique entre culture classique, franchise émotionnelle (et je pense là à votre discours au congrès sur l’IVG), et une ironie mordante fait de vous une voix singulière dans le concert politique français. Vous dites avec élégance ce que d’autres n’osent même pas penser.
Sénèque écrivait « le destin guide celui qui veut et traine celui qui refuse ». Vous avez choisi de guider refusant que notre époque soit traînée vers l’abdication et la résignation. Votre courage de dire qu’aujourd’hui (je vous cite encore) « ce n’est pas une dérive illibérale, c’est un début de confiscation de la démocratie » témoigne d’une lucidité qui force le respect et l’admiration. Alors que souvent les politiciens flattent les citoyens, vous les respectez assez pour leur dire la vérité. C’est votre plus bel héritage. « Vos punchlines plus percutant que ceux de Booba » pour reprendre cette formule qui vous honore, ne sont jamais gratuites. Elles servent une vision, celle d’une France qui se doit de refuser de devenir le bouffon de despotes quels qu’ils soient.
Je n’oublie pas Monsieur le sénateur que vous avez reçu le prix Hippocrate pour l’humour en politique et qu’à cette occasion vous avez enfoncé le clou en disant « C’est une consécration pour un médecin de recevoir pour son diagnostic un prix du nom d’Hippocrate ». Vos diagnostic sont excellents nous le savons, vos prescriptions sont adaptées nous le savons aussi ; encore faudrait-il que les responsables les suivent, nous en sommes persuadés. Autant de raisons pour vous remercier, docteur, d’avoir bien voulu accepter ce grand prix du FDBDA.
Merci Monsieur le sénateur.
Benoît Montanié