Les dictionnaires sont à peu près tous d’accord, les élites se caractérisent par le savoir, la culture, l’exemple, une forme de pédagogie et le sens de l’intérêt général.
Les historiens sont d’accord pour dire que l’élite est toujours à la source du pouvoir.
Les sociologues sont d’accord pour penser qu’une société privée d’élite est promise au déclassement et à la soumission.
Ils sont aussi d’accord pour considérer que tout pouvoir, pour survivre, doit connaître un consensus minimum de la part de la société civile.
Néanmoins, la structure coopérative et largement consensuelle de nos sociétés occidentales est aujourd’hui, en ce XXIe siècle, un modèle d’exception.
Les philosophes, qui analysent les comportements mimétiques, mettent facilement en évidence la relation et l’interaction entre gens ordinaires et élites.
Sans renier l’exigence de Platon pour la pureté de la réflexion et de l’action individuelle, nos sociétés démocratiques ont plutôt fait le choix d’Aristote en faisant flotter, au-dessus d’un groupe plus ou moins majoritaire, une théorique sagesse supérieure qui attribue à la volonté du groupe un génie particulier, différent et supérieur aux génies individuels.
« Qui juge le dîner ? Les convives plutôt que le cuisinier. »
Aujourd’hui, l’Occident est sur le Titanic sans croire au naufrage. Tant que l’orchestre joue, les élites politiques ne veulent ni regarder la bande du bateau, ni se poser la question du choc avec l’iceberg, encore moins celle des choix de la construction navale.
Dans le monde démocratique, il était de coutume, durant le dernier siècle, d’affecter les plus belles intelligences à l’exercice du pouvoir.
Pourtant le résultat est là.
En effet, tout ce qui arrive à notre pays était non seulement prévisible, mais prévu. Les petits intérêts personnels ont prévalu, les idéologies ont escamoté la raison, le conformisme a été de mise, la pédagogie absente, comme le courage dans l’action.
Les élites politico-administratives sont les premières responsables. Parallèlement, leur qualité s’est dégradée au fur et à mesure de la deuxième mondialisation et de la baisse spectaculaire du niveau académique de nos universités.
De l’autre côté du spectre, on a assisté à l’effondrement sur lui-même du mouvement des gilets jaunes généré par un profond sentiment d’isolement et de mépris. Né de la plus rudimentaire des haines du « système » et de ses élites, il est mort en l’absence de ces dernières.
Tous nos bons élèves ne sont pas des hommes d’action. Rares sont ceux qui acceptent une exposition personnelle. Nul ne prend le risque d’assumer un constat négatif. Presque tous sont ainsi justement méprisés.
Parmi d’autres, on se souvient de Jacques Attali, Marine Le Pen, Laurent Fabius, Nicolas Sarkozy. Chacun continue de donner des leçons aux autres et de se décerner des satisfecits.
La recherche de l’intérêt public s’est évanouie.
Notre État obèse, impuissant et peuplé d’agents trop souvent inutiles, frustre les citoyens et décourage les vraies élites.
La restauration de l’agilité de l’État a plusieurs exigences.
La première réside dans une restauration de la qualité de la fonction publique, en particulier en supprimant le particularisme inégalitaire généré par le Statut.
La deuxième vise la mise en ordre rapide et transparente des finances publiques et de leurs indicateurs.
La troisième doit mettre à plat et simplifier les compétences des différents échelons administratifs.
Il sera enfin indispensable de redessiner le périmètre d’exercice de l’État-providence en matière de retraites et de santé, comme de fixer de la manière la plus restrictive possible le domaine des interventions économiques de l’État.
Hélas oui ! Les « bons élèves » ont fait échouer l’État, tandis que les meilleurs d’entre eux ont émigré vers l’étranger ou le secteur privé honni par nos compatriotes.
Notre pays peut s’en sortir.
Cela se fera au prix d’un effort que peu envisagent.
Le redressement ne sera possible que s’il est culturel et politique et s’accompagne de la prise en compte des réalités de notre société numérique, radicalement différente de la société industrielle qui a bâti les idées et suscité les actions dont l’obsolescence, annoncée de longue date, se paiera demain.
PER ANGUSTA AD AUGUSTA
Pierre Brousse
1er Août 2026